Cette partie sera un peu plus technique que les deux précédents articles. Le point de départ est la même intoxication : la copie illicite entraine une baisse des ventes de galettes. Cindy Sander dont on se demande si elle aurait pu "percer" sans le buzz sur internet la concernant annone la position des EMI, Vivendi, Sony et autres Warner.

On peut voir cette baisse sous deux aspects :

  1. Celui des majors, avec des sanglots dans la voix, nous annonce que la copie illicite - le terme piratage étant inapproprié pour de l'immatériel, et jusqu'à preuve du contraire, la musique c'est de l'immatériel - tue les artistes, réduisant leur revenus, et à terme tuera la musique. Même si les dites majors n'hésitent pas à virer des artistes pas assez rentables.
  2. Celui des consommateurs : il est très facile via la copie illicite de connaître le contenu d'un album, savoir s'il ne se résume pas à 80% de remplissage, de reprises (a)variées. Et d'acheter en toute connaissance de cause.

Plusieurs études - comme celle-ci datant de 2005 ou encore cette étude datant de 2004 en anglais - qui sont étrangement peu repris dans les médias traditionnels affirment que la copie illicite n'est pas le seul facteur de chute de vente des disques.

L'effet serait au pire marginal, c'est à dire qu'il faudrait rechercher les facteurs causant la baisse ailleurs : par exemple la concurrence de nouvelle forme de culture (jeux vidéos, DVD) ou encore la baisse du pouvoir d'achat, ou encore mieux : se nourrir correctement !

Selon moi - et on pourrait dire les personnes qui savent que rien n'est mono-factoriel dans la vie - la baisse des ventes de CDs est dû à plusieurs facteurs :

  1. Le CD est un vieux produit, né à la fin des années 1970
  2. Le coût quasi-constant des CDs : 130 francs (soit en gros 20 €) vers 1993, et 17 à 18 € en moyenne en 2008.
  3. Le coût de la vie qui explose. Il est plus important de se nourrir, de se loger et de se vêtir que d'acheter le dernier album à la mode.
  4. L'envie de ne pas acheter une galette contenant 70 à 80% de remplissage.

Mais alors, pourquoi les baisses de ventes de CDs ne sont pas compensées par l'offre légale, qui est - il faut l'avouer - bien développée depuis la naissance d'iTunes en 2001. Simplement car l'offre légale est souvent plus complexe à utiliser que l'offre illicite.

Sur mon autre blog, j'ai raconté comment j'avais été démarché par un FAI qui me vantait son offre de musique illimitée... J'avais blogué quelques mois auparavant en montrant que les dites offres illimitées, c'était en réalité du grand n'importe quoi.

En effet, en août dernier, j'avais écrit un article montrant que les offres de ce genre commençaient à montrer leurs limites... Pour ne pas dire qu'elles décédaient les unes après les autres.

Attention, pour les technophobes, il y a du blabla technique qui arrive.

Dans les dites offres qui rejette sans le moindre regret les utilisateurs d'Apple et les personnes qui n'ont jamais eu ou qui ont viré Microsoft Windows - soit environ un utilisateur sur 10 selon cette étude récente de Net Applications (Mac pointant à 8,23% d'utilisateurs, linux à 0,91%), cela fait quand même pas mal de personnes exclues parce qu'elles osent préférer la différence.

Il faut dire en effet que presque toutes les offres légales se résument à des fichiers "castrés"... vérouillées par des DRM ou MTP qui limitent les possibilités d'utilisations des fichiers payés 1 € pièce, à savoir : deux gravures, trois transferts, et c'est tout.

Et surtout des fichiers où environ 60% du prix ne va pas dans la poche des artistes, mais des majors... Du moins si l'on en croit cet article de 2006, je cite :

Voici la répartition de l'argent après l'achat d'un single, via Internet, à 99 cents d'euro. Le magazine Challenge a sorti la calculette et ça donne ceci. 61 centimes vont à la Maison de disques. 19 centimes va à l'Etat via la TVA.

7 centimes va à la Sacem. 6 centimes paie le site de téléchargement. Trois centimes vont à l'artiste. Un centime aux Télécommunications (Si quelqu'un peu nous expliquer ce qu'est cette taxe, NDR). Un centime pour la licence technique de gestion et un centime vont à la banque. Des frais bancaires (transaction sécurisée) des droits d’auteur.

On passe du CD audio lisible à l'infini ou presque (sauf le fiasco X&Y de Coldplay) à des fichiers lisible que sur du matériel agréé. Un peu comme si on vendait un livre qui ne serait lisible qu'avec les lunettes de la même marque.

Que se passe-t-il si avec de la musique DRMisée on change de machine ? On perd les droits de lire les morceaux acheté si cher !

Cf les mésaventures de Jérome Colombain avec sa musique légalement achetée...

On comprend pourquoi alors certaines personnes préfèrent récupérés des versions illicites des albums disponible sur des plateformes légales... Il est vrai que les fichiers proposées dans ce cas sont lisibles partout, car ce sont des fichiers libre de toutes DRM ou MTP. Et souvent de meilleure qualité sur le plan auditif.

C'est pour cela que désormais je n'achète plus que des albums d'artistes que je peux écouter en toute légalité sans débourser le moindre centime, des artistes qui ont décidé de s'affranchir des couteux intermédiaires, préférant lier contact avec leurs fans plutôt de pratiquer une politique de répression aveugle.

C'est ainsi que j'ai pu découvrir des groupes comme Marillion - dont je n'avais jamais entendu parlé auparavant - ou encore les dernières créations de Trent Reznor.

Une solution qui ménagerait à la fois la chèvre et le chou et qui permettrait aux artistes de toucher plus de 3 centimes par morceau vendus - qui a employé le terme d'aumones  - serait de laisser tomber les inutiles DRM ou MTP et de faire comme emusic, un des géants de la vente en ligne de musique : des fichiers MP3 non protégés et donc écoutable sans limite.

Bref, faire confiance à l'utilisateur et non le considérer comme un malhonnête en puissance.

Ce n'est pas en poursuivant ses acheteurs potentiels que les maisons de disques redresseront la tête. C'est au contraire le meilleur moyen de se suicider de manière spectaculaire...

Enfin, je dis cela, mais je dis rien. Je ne suis qu'un internaute passionné de musique après tout ;)