Après cette entrée en matière, je voudrais parler d'une forme assez "jeune" d'illettrisme, que je qualifierais d'illettrisme numérique. Numérique dans le sens d'accès au "NTIC" (Nouvelle Technologie de l'Information et de la Communication).

C'est une forme d'illettrisme qui touche aux claviers que nous croisons dans notre vie de tous les jours. Aussi bien les claviers d'ordinateurs, que les minuscules pavés numériques des distributeurs de billets ou encore ceux des lecteurs de cartes quand on va dans les commerces (supérette, supermarché ou encore hypermarché) quand on passe en caisse.

Ou encore les bornes de développement de photos qui se multiplie, au détriment des photographes, mais cela est un autre débat.

En parallèle de mes recherches d'emploi, je suis bénévole dans une association qui aide les personnes à se ré-insérer dans la vie sociale, je donne - quand on me le demande ou parfois de mon propre chef - des coups de mains à des personnes qui pour pouvoir écrire à de la famille via l'internet, qui pour pouvoir décrocher un emploi, qui pour savoir simplement comment se comporter face à un clavier et à cette chose étrange et effrayante qu'est une souris.

Mais oui, vous savez, cette chose grise ou noire, de la grosseur d'un poing de bébé, avec un fil qui s'en échappe...

On pourrait penser que le public qui vient est d'une manière caricaturale des femmes, souvent d'un certain âge. Et bien, rien n'est plus faux. J'ai pu voir aussi bien des hommes que des femmes, de tous les âges - même si les "jeunes" sont nés avec une souris dans une main et le clavier sur l'autre main - qui viennent apprendre les bases : savoir à quoi sert une souris, comment la tenir et l'apprivoiser, comment insérer une majuscule en début de phrase, comment saisir un texte sous Microsoft Word, comment aller sur internet, comment écrire un courrier électronique, comment envoyer une photo à une personne de sa famille, etc...

Évidemment, c'est une forme "avancée" et je dirais même "haut de gamme" de l'illétrisme, mais c'est une des formes les plus pernicieuses. Il suffit de voir le nombre d'adresses de sites internet que nous "avalons" quotidiennement : prospectus, émissions télévisées, etc...

Ne plus savoir lire alors qu'on a suivi l'apprentissage de la lecture est un énorme handicap, et sûrement l'un des pire dans nos sociétés qui se basent essentiellement sur l'écrit, même un "handicap" - le mot ne serait-il pas trop fort ? - fondamental.

Nous arrivons désormais dans une société où l'écrit se dématérialise à grande vitesse, même si je préfère largement lire un roman dans sa version papier. Et donc, savoir utiliser les outils de l'immatériel devient vite indispensable.

Le pire serait d'accepter cette forme pernicieuse d'illettrisme. Et ne pensons pas que cela concerne uniquement les pays riches ; il suffit de voir l'explosion du nombre d'utilisateurs informatiques dans des pays comme l'Inde ou la Chine, même si l'illettrisme de base est sûrement un problème plus important pour ces deux pays.