La longue route de la convergence pour les projets de Canonical est démarrée. Pour le meilleur et le pire ?

Dans un article du webzine OMG Ubuntu, Canonical, maison mère d’Ubuntu a lancé un pavé dans la mare. Pour le futur des projets de Canonical, Xorg et son successeur annoncé Wayland sont gentiment remerciés. A la place, et dans le but de faire converger les principaux projets de Canonical, à savoir la distribution Linux Ubuntu et son OS pour smartphone UbuntuPhone, une technologie de serveurs d’affichage multiplateforme du nom de Mir sera utilisé.

Une page du wiki d’ubuntu explique le pourquoi du comment d’une technologie qui porte le nom d’une des stations spatiales les plus célèbres de la fin du siècle passé.

X est trop vieux (il est vrai qu’un système de fenêtrage qui existe depuis le milieu des années 1980 est un peu ancien), et Wayland trop jeune et ne colle pas avec ce que cherche Canonical.

Autre annonce : le recodage d’Unity en utilisant QT et QML. Après l’abandon d’Unity 2D, voici le retour de QT et QML.

Pour une simple et bonne raison : c’est le langage de développement utilisé par UbuntuPhone. Pourquoi utiliser deux technologies différentes là où une serait suffisante ?

Le but de Canonical est simple : unifier l’ensemble de ses OS pour minimiser le code à maintenir, ce qui est plus que louable.

Au prix d’une obligation de se couper d’une partie du monde de GNU/Linux qui se dirigera à terme vers Wayland, même si ce à terme signifie ici 4 ou 5 ans.

C’est cependant un pari très risqué. Il suffit de voir comment le marché des OS de smartphone est constitué de nos jours. Et pour ne pas dire vérouillé par les deux principaux acteurs.

Selon un article de Louis Naugès de janvier 2013, la répartition est la suivante :

En gros 80 à 85% pour le duo / duel Android – iOS. Windows Phone culmine dans les 4%, BlackBerry reste dans les 8%. Le reste étant pour Symbian (l’OS abandonné par Nokia au profit de Windows Phone), et quelques autres acteurs encore moins important.

Le deuxième article de Louis Naugès est encore plus clair : sur le marché nord américain, Android + iOS = 95% du marché… Ca fait très mal… Et laisse peu d’espoir à la concurrence dans ce domaine.

Entrer dans le monde des OS pour téléphones mobiles est un vrai coup de poker. Tout nouvel entrant est condamné à l’exploit, quelque soit son nom. Pour tout dire, je ne donne pas cher actuellement de la peau de FirefoxOS ou de celle de l’UbuntuPhone.

Cette politique de convergence à tout va pour Canonical est surement bénéfique pour simplifier la maintenance d’un OS qui veut fonctionner partout, de l’ordinateur au téléphone en passant par la tablette tactile.

Mais cela est aussi un pari risqué, car il pourrait s’aliéner une partie des utilisateurs du libre qui verront dans l’arrivée de Mir une volonté de Canonical de n’en faire qu’à sa tête.

Si cela permet de démocratiser le libre, je suis entièrement d’accord. Mais il ne faudrait pas en conséquence que logiciel libre et ubuntu devienne synonyme et interchangeable.

Seul l’avenir nous le dira.

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21 réflexions au sujet de « La longue route de la convergence pour les projets de Canonical est démarrée. Pour le meilleur et le pire ? »

  1. Gilles

    Si c’ets comme pour Unity, les gens vont cracher dessus, partir vers une distro pourri (Mint Wayland Edition ?) et revenir petit à petit car ça sera de la « qualité » ?

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      Le but est d’arriver à proposer Mir pour la ubuntu 14.04 si on en croit l’article d’OMG Ubuntu. Autant dire qu’en un an, c’est un boulot énorme à accomplir pour Canonical.

      Et seul l’avenir nous dira ce qui se passera. Quant à Wayland, je le sens plus arriver en force vers 2015/2016 que l’année prochaine.

      Simple intuition, hein ;)

  2. noireaude

    Je le dis depuis un bon moment déjà, je pense que Canonical va se replier et se démarquer quitte à prendre son propre chemin et effectivement n’en faire qu’à sa tête.

    J’entends par là refermer une ou des parties de leur plate-formes. Si ce n’est pas au niveau du code source, ça sera en rendant difficile tout interopérabilité.

    Je ne suis ni pour ni contre et je m’en fiche à vrai dire, même si je suis un utilisateur d’Ubuntu depuis très longtemps.

    Je ne peux quand même que me réjouir des progrès d’autres distributions grands public, qui vont nous laisser quelques alternatives qui je le sent, ne vont pas être de trop.

    Chouette billet en tout cas.

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      Je le dis depuis un bon moment déjà, je pense que Canonical va se replier et se démarquer quitte à prendre son propre chemin et effectivement n’en faire qu’à sa tête.

      Je l’avais dit en terme moins diplomatique au début de l’aventure unity et cela m’a valu des volées de bois vert.

      J’entends par là refermer une ou des parties de leur plate-formes. Si ce n’est pas au niveau du code source, ça sera en rendant difficile tout interopérabilité.

      Ou la portabilité du code : cf Gwibber ou encore Unity. Alors que je peux prendre un code source comme celui de Mozilla Firefox, et le faire compiler aussi bien sur Ubuntu, Fedora, Archlinux, un BSD libre voir un MS Windows sans trop de problèmes autre que le fichier de configuration et les dépendances à installer.

      Je ne peux quand même que me réjouir des progrès d’autres distributions grands public, qui vont nous laisser quelques alternatives qui je le sent, ne vont pas être de trop.

      Surtout que les distributions en question sont parfois plus ancienne qu’Ubuntu elle même : ne serait-ce que Fedora issue du projet Red Hat Linux vers l’an 2001-2002, Mageia, rejeton de la Mandriva née sous le nom de Mandrake Linux en 1998 ou 1999, etc…

  3. ralf

    Bonsoir Frédéric,

    Mark Shuttleworth n’a pas le choix avec Canonical, on ne peut pas gagner d’argent sur GNU / linux en desktop. Il reste la fuite en avant, si ça lui permet de rendre Canonical viable, c’est toujours ça de pris. Le problème de Ubuntu, ce n’est pas la stratégie commerciale de Canonical, c’est l’égoïsme d’utilisateurs qui ne soutiennent pas financièrement ce qu’ils prétendent apprécier. La tyrannie de Windows, c’est l’éditeur qu’on villipende ; celle de GNU/linux, sont ses propres usagers.

    Ralf

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      Je ne suis pas entièrement d’accord avec ta remarque. Canonical cherche à faire des retours financiers sur sa distribution. Déjà, il est proposé de faire un don si tu télécharges une ISO sur le site officiel. Il y a aussi l’affaire des recherches sponsorisées d’Amazon.

      RedHat se fait de l’argent grace à sa distribution professionnelle et au support technique payant derrière.

      Le problème se situe plus au niveau de la rémunération des créateurs, comme pour la musique ou les films ou les livres. Si tu proposes quelque chose qui aura un bonus par rapport à la concurrence, tu finiras par attirer l’argent à toi à terme.

    2. Martial

      Si canonical veux de l’argent il faut des partenaires. Qui dit partenaires dit retour sur investissement. Ca finira comme Windows : un tas de logiciels ou pubs partenaires et autres barres personnalisées préinstallés avec Ubuntu. Amazon n’en est que le prémice.

  4. Lei00

    Je ne comprends pas leur point de vue. Qu’ils veuillent développer leur propre système graphique, soit.
    Mais quand ils disent que Wayland est un projet trop jeune et que pour ‘régler ce problème’ on va créer un projet encore plus jeune et dépenser de l’argent à créer un nouveau projet au lieu de contribuer à Wayland, moi je dis que cet argument est bancal.
    Personnellement je trouve que c’est dépenser de l’énergie pour au final, disposer d’un projet équivalent. Je trouve ça dommage.
    Enfin bref, le monde linux a déjà démenti pas mal de prédictions, l’avenir nous le dira :)

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      Trop jeune ou pas adapté à ce qu’ils considèrent être le chemin à suivre. En oubliant que gtk+ est en cours de port sur Wayland, QT est déjà porté, clutter idem.

      Et surtout, cela permettrait d’avoir un projet maison, comme c’est le cas avec l’interface Unity.

      Après libre à chacun de tenter sa chance, même si cela finit par donner une dispersion de ressources préjudiciables à chacun.

    2. noireaude

      Pour ne pas reprendre les propos de Frédéric, c’est un moyen de dire poliment « vous êtes gentils mais on préfère faire notre sauce ».

      Accessoirement pour ne plus dépendre de personne.

      Ils veulent leur part du gâteau sur le marché ARM quoi.

      1. Frederic Bezies Auteur de l’article

        C’est une autre manière de présenter la politique de Canonical, en effet. Ne plus dépendre de personnes soit. Mais arriveront-ils à attirer des développeurs par la suite ?

        Leur part du marché sur ARM ? Bon courage, surtout vu les parts de marchés actuelles !

  5. Esclapion

    Je suis quand même étonné.

    C’est une quantité de travail énorme, surtout s’ils doivent retoucher les pilotes.

    Il va leur falloir adapter/écrire des compositeurs (au moins un), réécrire le serveur.

    Et en plus, ils se coupent (encore plus) des autres Linux. Je me demande ce que choisira (ou hésitera à choisir) Debian.

  6. antistress

    Franchement, je ne mise pas un cent sur UbuntuPhone, mais je ne le mets pas – mais alors pas du tout – dans le même panier que FirefoxOS.

    Le jeu est ouvert pour FirefoxOS :
    1) un OS découplé du matériel comme Windows/Android (il y a quelques années un responsable de Google – qui venait de lançait Android – avait dit un truc du genre : « vous verrez Android sera dominant sur le marché des OS pour mobile car c’est un système ouvert (dans le sens de Windows pour PC) » et j’avais trouvé ça gonflé car tout le monde ne jurait que par l’iPhone et regarde en deux ans où est tombé iOS par rapport à Android : 1 smartphone sur 5 est un iPhone vs 1/3 est sous Android)
    2) qui permet aux FAI de renouer le lien avec les clients finaux qui a été confisqué par Apple/Google
    3) optimisé pour le hardware peu puissant (ARMv6 à 600 MHz, 512 Mo de RAM)
    Ils sont largement soutenu par l’industrie là où Canonical rêve éveillé.
    Quand Mozilla dit qu’ils visent les deux prochains milliards d’utilisateurs – ceux des pays en voie de développement – ça ne me parait pas irréaliste.

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      Le problème est les parts de marchés actuelles dans le marché des OS Mobiles. Il y a le précédent du marché des navigateurs, mais dans un cas, tu as un duo matériel + logiciel à gérer. Dans le cas du marché des navigateurs qui ressemblait à un monopole en 2004 (90 à 95% pour IE en 2004), tu pouvais changer facilement pour la concurrence.

      iOS et Android sont les deux maitres du marché du mobile. Windows Phone se casse les dents, RIM est moribond, Symbian est dans la tombe.

  7. ismael

    Je pense que si Canonical espère toucher différents acteurs, hardware notamment je pense qu’ils ont besoin d’une stratégie professionelle c’est à dire pour moi à part le noyau linux, ne dépendre de personne en somme, que cela soit au niveau desktop ou serveur graphique et donc je comprends leur choix, quand on voit les décisions assez bizarre de Gnome par exemple et la petite guerre depuis quelques années entre Red Hat et Canonical on comprend assez aisément sa décision.
    Et je crois sincèrement que Canonical a eu la pression de certains acteurs tierce, du genre c’est fini le bidouillage si tu veux que ton OS rentre dans nos produits il faudra sortir quelque chose de plus abouti, mais je peux me planter.

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      J’avoue que je ne saurais pas dire. Cependant, je ne crois pas une seconde en l’avenir d’un Ubuntu Phone OS, car comme je l’ai précisé dans l’article, le marché est ultra-fermé. Et tends lentement mais surement vers une duopole.

      Et coté OS mobile basé sur linux, Android a déjà pris la place, non ?

      Quant à la guerre Red Hat / Canonical, je ne saurais dire. Il suffit de voir le nombre de technologies développée par Canonical adoptée ailleurs (et pas uniquement sur les distributions RPM-based).

      upstart ? Non. systemd a pris sa place, ok c’est du Red Hat ;)
      unity ? Non plus. D’ailleurs, quand on voit les difficultés pour porter unity ailleurs sur ubuntu.
      bzr ? C’est pas la joie non plus. Je vois plus de projet qui utilise git ou trac pour le suivi du code et des bugs.

      Si on pense à Bugzilla, c’est un code développé par la Fondation Mozilla à l’origine.

      Donc, je ne vois pas beaucoup de technologie développée par Canonical adoptée massivement ailleurs.

      1. ismael

        Tu n’as pas tord, mais là où beaucoup de gens se trompent, c’est essayé de comparer Canonical à Apple Google ou Microsoft. En effet je ne pense pas que Canonical a les mêmes objectifs que les 3 gros mastodontes, je ne connais pas les effectifs des 3 mais Canonical doit être aux alentours de 650 employés, je pense sincèrement que si ils atteignent 5% ou 8% je pense que pour MS il aura déja réussi son affaire.

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