Quand notre maître (à tous les blogueurs libristes francophones) prend la parole…

Quand j’ai eu l’idée de faire la rubrique « les libristes sont aussi des êtres humains), le premier nom qui m’est venu à l’esprit, c’est le maître dans ce domaine, l’irremplaçable Cyrille Borne. Et ayant eu sa réponse, je la poste ici… Et c’est du lourd 🙂

Bonjour, pourrais-tu te présenter en deux ou trois phrases ? Quatre seront acceptées aussi.

Cyrille BORNE, 37 ans bientôt, marié, deux enfants. Professeur de mathématiques et d’informatique au Lycée Agricole le cep d’or de Clermont l’Hérault après 8 ans d’enseignement au lycée Agricole Saint Joseph de Maurs dans le Cantal. Avant cela j’ai été développeur Mainframe COBOL, DB2, Goal (COBOL le langage des vrais bonhommes) pendant trois ans pour BNP Paribas (Paris).

Quel est l’origine de ton pseudo, si tu en utilises un ?

J’ai renoncé à toute forme de pseudonyme depuis l’ouverture de mon blog il y a quatre ans. A part certains cas particuliers je suis contre l’anonymat. Je pense en effet qu’afficher son identité c’est prendre des risques qui imposent une meilleure maîtrise de son propos, je reste convaincu que s’il y avait moins d’anonymat sur internet il y aurait moins de haine, plus d’intelligence.

Quel est ton parcours libriste ?

Mon parcours de libriste démarre un jour avec la prise de conscience d’avoir gravé une compilation avec des logiciels crackés qui valent une fortune et que je n’utiliserai jamais, un savant mélange d’envie de me mettre en conformité avec la loi un sentiment d’inutilité aussi, un peu comme le type qui a pris une cuite de trop et qui décide d’en finir avec l’alcool. J’ai commencé par remplacer des logiciels comme la suite office de Microsoft ou paint shop pro par OpenOffice et Xnview (logiciel non libre), puis sont arrivés les premiers essais de passage sous Linux avec Mandrake (devenue Mandriva), une succession d’échecs. J’ai la chance d’avoir toujours été bien entouré d’un point de vue informatique, c’est Mean développeur d’Avidemux (http://www.avidemux.org/) qui m’a le premier invité à tester Ubuntu, distribution que j’ai péniblement fini par adopter à l’aide de mes nombreux camarades Linuxiens. A cette époque je n’aurai jamais réussi à franchir le pas si je n’avais pas été aidé, quand je place aujourd’hui des grands débutants sous cette distribution on réalise le travail accompli en quelques années, les gens sont autonomes pour 95% des choses quand il fallait faire des lignes de commandes pour avoir le son.

Je suis aujourd’hui techniquement dans la majeure partie du temps sous Linux je conserve une partition Windows pour le jeu. Pour moi pendant de nombreuses années, Linux et le logiciel libre n’étaient qu’une façon d’avoir des logiciels gratuitement et de façon légale, je pense que je me suis éveillé au libre en terme de philosophie du libre à l’aide des claques de mon camarade Christophe Gallaire (http://www.christophegallaire.org/) pour comprendre que le logiciel libre va au-delà du code.

Aujourd’hui j’essaie de trouver le compromis entre l’intégrisme radical mais parfois nécessaire du librisme barbu et du plaisir. Car c’est bien là la problématique, j’ai plaisir à tuer des monstres car je suis un gros gamer mais cela suppose le compromis d’être sous Windows, système d’exploitation propriétaire par excellence. De l’autre côté si être libre c’est se priver de plaisir, c’est quand même bien triste.

Quelles sont tes activités dans le monde du libre ?

Sur internet j’écris sur le monde du libre de façon générale, j’essaie de mettre en avant des projets que j’estime d’utilité publique comme ASRI Education (http://asri-education.org/) ou Emmabuntus (http://emmubuntu.sourceforge.net/wordpress/). J’écris de temps à autres des billets techniques sur des outils ou des distributions, un peu de documentation, parfois des billets que des gens qualifient à troll ou polémiques car je ne vais pas nécessairement dans le sens du vent. Quand quelque chose ne marche pas, je l’écris, Linuxien ou Libre ne signifie pas exempt de défaut ou épargné par la bêtise, dénoncer certaines pratiques ou taper là où ça fait mal c’est apporter du crédit notre communauté qui montre dès lors qu’elle est capable de porter une réflexion critique sur elle même .

De mes années de développeur j’ai conservé une espèce de facilité à casser des applications, à trouver des bugs, j’ai pris l’habitude d’envoyer régulièrement des remontées aux développeurs, j’héberge par exemple le forum de 2ManDVD (http://2mandvd.tuxfamily.org/) du fait d’avoir été l’une principales remontées d’anomalies à son développeur Stéphane.

Enfin dans la vraie vie, je passe mes lycées sous Linux, je passe des gens sous Linux, je suis une espèce de panneau géant pour la promotion de Linux et du logiciel libre. Si plus haut j’explique que j’essaie pour ma part de trouver le juste compromis entre mon plaisir et la liberté, pour les autres c’est différent je m’inscris dans la dictature. J’estime en effet qu’en ayant la responsabilité bénévole d’installer et de gérer un parc informatique alors c’est moi qui fait les règles du jeu, je mets par conséquent du Linux plus facile à gérer avec des adolescents qui ont tendance à faire tout et n’importe quoi avec un ordinateur.

Prochainement quand j’aurai trouvé un coin de terre pour quelques années je pense monter un lug dans l’arrière pays de l’Hérault.

Pour toi, cela veut dire quoi être libriste ?

Pour moi être libriste c’est faire partie du village d’Astérix. Cela peut paraitre paradoxal quand on me lit en mettre plein la tête à tout le monde ou réciproquement me faire calotter de toute part mais avec les années, il n’y a pas une ville de France où il n’y a pas des Linuxiens barbus qui seront ravis de boire un verre. J’ai des contacts à travers toutes les communautés quelle que soit la distribution utilisée, j’ai des gens pour m’aider en cas de souci, de la même façon on me sollicite régulièrement et je donne mon coup de main comme je le peux. La solidarité des utilisateurs de Linux et des logiciels libres existe, je l’ai rencontrée.

Bien sûr dans le village d’Astérix, il y a des différences, le ton monte souvent et l’on se tape dessus, mais à la fin tout le monde se retrouve autour d’une table à manger des sangliers et boire de la bière

Et maintenant, les question qui tuent ; le stéréotype du libriste est un barbu : moustache, barbe ou glabre ? Avec ou sans lunettes ?

Je suis la caricature du libriste, lunettes, à moitié chauve, en surpoids, je me rase une fois tous les 15 jours, j’écris ce billet dans une superbe chemise que même un bucheron aurait honte de porter, j’ai un T-shirt avec Pac Man.

Pour finir, un dernier mot ?

Le regret de ne pouvoir citer tout le monde dans cette interview, ils se reconnaitront tous.

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