De la mort de BT Junkie…

Aujourd’hui, on nous a annoncé la fin d’un site, « BTJunkie » qui était dans la ligne de mire des lobbys de l’industrie de l’inculture américaine, avec son bras armé, le FBI qui a fait fermer le site de partage MegaUpload, déféquant ainsi à la figure des personnes qui utilisaient ce service pour des fichiers licites.

Je ne reviendrais pas sur cette affaire, j’en ai déjà parlé il y a quelques temps.

Mais je suis près à prendre le pari que les grands noms de l’industrie de l’inculture française applaudiront à cette fermeture. Sur ce point précis, je ne me fais aucune illusion.

Ni sur les contre-vérités qui sont sorties à intervalles réguliers par les faux-nez de l’industrie de l’inculture qui sont plus préoccupés à pondre des films à longueurs d’années qui pour la plupart sont des sombres merdes commerciales (qui a dit « Astérix aux Jeux Olympiques » ?), pour se remplir les fouilles plutôt que de proposer de la qualité. Le dernier film français potable que j’ai vu au cinéma ? On a droit au joker ? ;)

Car même si j’ai un cinéma qui me propose des billets à seulement 6 €, je ne suis plus depuis longtemps un amoureux des grands écrans. Rien ne m’est plus insupportable que des bruits de mastication de pop-corn et de téléphones qui sonnent en plein milieu d’un film.

Ce qui m’a fait toujours tiquer, c’est de voir les exilés fiscaux chanteurs et chanteuses francophones populaires traiter les personnes qui téléchargent illégalement de « voleurs ».

Je voudrais juste demander à ses personnes quel est leur niveau en maths.

Il faudra m’expliquer comment la copie d’un fichier numérique, donc sa duplication, sa multiplication – telle la multiplication des pains dans les Evangiles – est un vol, qui se définit juridiquement comme, je cite l’article 311-1 du Code Pénal :

Le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui.

Donc, dire que copier de manière illicite un album, c’est le voler est un non-sens juridique, mais cela équivaudrait à dire que la multiplication est égale à la soustraction. Un raisonnement typiquement orwellien.

Sauf erreur de ma part, la soustraction est abordé en classe de cours élémentaire 1ière année, la multiplication en classe de cours élémentaire 2ième année.

Autre poncif : « L’offre légale existe, elle sera toujours désavantagée par l’offre illégale ».

L’offre légale, parlons-en : fichiers castrés par des DRMs, publicité, qualité proche de moins l’infini. Pas difficile qu’elle soit concurrencée par une offre qui ne l’est pas, mais qui propose de la qualité (mp3 320 voire flac et autre formats non destructifs), sans limitation concernant le nombre de copies qu’on peut effectuer avec.

J’avais rédigé un article en octobre dernier sur les difficultés pour trouver des vieux albums et / ou films. Leur malheur ? Avoir plus de 20 ans, être des classiques.

L’offre légale n’est pas un problème dans le sens où il en existe une sous deux formes : les sites de musiques – gratuites ou pas – libres (altermusique, jamendo, dogmazic) l’autre étant des plateformes qui ne rançonnent les artistes, dont Bandcamp dont j’ai parlé il y a quelques temps.

Je vais être cru de le dire ainsi, mais je n’écoute plus de musique chantée francophone. Elle n’a plus aucune saveur actuellement. J’en ai ma claque de ses artistes savonnettes qui ferait pleurer de honte des Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Alain Bashung pour ne citer que les premiers noms qui me viennent à l’esprit.

Daniel Balavoine a exprimé mon point de vue sur ce point précis :

Je prends plus de plaisir à écouter des artistes dans divers genres, comme Josienne Clarke qui est autre chose que ce que l’on nous propose. Malheureusement, ce sont des artistes qui ne seront jamais connus au niveau grand public car ne passant à la radio, qui ne sert plus que de tuyau pour de la musique préformattée et sans goût.

Pour conclure, je vais exprimer le fond de ma pensée : la culture ne sera vraiment sauvée que quand les dinosaures que sont les majors auront fini par admettre que ce sont des intermédiaires dont on peut se passer pour se cultiver.

D’ici là, rien ne bougera, enfin presque : au nom de la défense de la culture, les industries de l’inculture feront voter des lois de plus en plus répressives, de plus en plus inapplicables. Tout cela car elles refusent de se remettrent en cause.

Pourquoi la pétition des fabricants de chandelles me vient à l’esprit ?

Ce ne sera pas la dernière fois que j’écrirais un article sur ce sujet, mais j’en reviendrais toujours à ce point : la culture n’est pas gratuite, elle a un prix, et tout le monde en convient. Cependant, la culture depuis des années est devenue de plus en plus multiforme : musique, vidéo, lecture.

Et le budget moyen des personnes – on parle de 40% des revenus dépensés dans le logement de nos jours – n’a pas suivi la même courbe. Loin s’en faut.

Messieurs et dames de l’industrie de l’inculture, vous qui avez des salaires confortables, quand comprendrez-vous cela ? Quand comprendrez-vous qu’en attaquant vos clients en les traitant comme des excréments de chiens, vous creusez votre propre tombe avec vos dents ?

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7 réflexions au sujet de « De la mort de BT Junkie… »

  1. hackthis

    Malheureusement, leur obstination à vouloir faire perdurer par la menace un modèle économique totalement dépassé après la bulle internet a conduit une partie ( si ce n’est une majorité ) de leur clientèle à se tourner vers d’autres méthodes d’accès à la culture.
    Méthodes qui sont adaptées au marché, au pouvoir d’achats,en donnant accès à la « vrai » diversité culturel.
    Ils essayent maintenant, grace au prétexte de la  » protection de la culture  » de le faire par la force et le lobbying .
    D’abord avec Megaupload, maintenant avec BTjunkie.
    Alors bien sur qu’il y aura d’autres plateformes qui tomberons, il faudra alors se tourner vers d’autres methodes technologique d’accès a la culture ( vpn, newsgroup, ou encore piratebox. ), le consommateur trouvera toujours le moyen d’avoir un coup d’avance en la matière.
    A moins qu’un beau jour, un mec avec une idée lumineuse ne surgisse dans un de leurs bureaux, un paplar à la main, leur décrétant que maintenant, les gens payent un abonnement de 7 à 10 euros / mois pour telecharger a volonté tout se qu’ils veulent en ssl .
    Et que désormais, la licence globale pourrait ëtre rentable, que les gens préfèrerais rester dans la légalité……. non sans déconner ,quel temp perdu a jouer au chat et à la souris, m’enfin si ça les amusent….pourquoi pas ! :-)

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      Méthodes qui sont adaptées au marché, au pouvoir d’achats,en donnant accès à la « vrai » diversité culturel.

      En restant dans le légal et dans la découverte de vrais talents : les bandcamp, dogmazic, altermusique, jamendo, les netlabels, etc…

      Alors bien sur qu’il y aura d’autres plateformes qui tomberons, il faudra alors se tourner vers d’autres methodes technologique d’accès a la culture ( vpn, newsgroup, ou encore piratebox. ), le consommateur trouvera toujours le moyen d’avoir un coup d’avance en la matière.

      Faire la guerre à ses clients, c’est creuser sa tombe, rien d’autre.

      Désormais, sachant parfaitement que tant que les majors existeront dans leur fonctionnement actuel, une licence globale sera inconcevables, et des milliers de smics (12 000 pour le budget de l’usine à gaz Hadopi) seront claqués en vain.

  2. al

    Je pense que tu te trompes quand tu dis que le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui et donc que faire la copie d’un morceau n’est pas un vol. En effet, tu oublies la notion de propriété intellectuelle et donc voler une chanson ou une idée est considérer comme un vol…

    1. Frederic Bezies Auteur de l’article

      Ah ? Donc, la multiplication est égale à la soustraction ? Quand je copie une chanson depuis un site internet ou un dépot, l’original disparait ?

      Et je n’oublie pas la notion de propriété intellectuelle, même si celle-ci est galvaudée.

      Et merci de dire que le Code Pénal raconte des bétises, et ne sait pas définir juridiquement ce qu’est un vol.

    2. mahikeulbody

      Non, « voler » une chanson (i.e. la télécharger illégalement) n’est pas qualifiée par la loi française comme étant du vol mais comme étant de la contrefaçon.

  3. phreg

    La notion de « propriété intellectuelle » protège surtout les « bénéfices qui en découlent ».
    Si j’avais un brevet ou copyright sur « la technique de fabrication de l’eau tiède » ou « le fil à couper le beurre », je serais riche. Défense de rire, regardez bien, certain brevets sont presque à ce niveau.
    Mon point de vue du monde purement industriel et commercial, sans aucun lien avec l’ « art » (ou pas).

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