De l’intérêt pour Canonical d’avoir un Unity non portable, ou peu portable…

Il y a 15 jours, j’avais écrit un billet au titre assez dépotant : « Unity, un cul-de-sac à terme pour Canonical ? »

J’y parlais des problèmes liés au portage de l’interface de Canonical, Unity sur des distributions autre qu’Ubuntu. Même si apparemment le port d’Unity semble avancer pour Archlinux (je ferais un billet dès que possible dessus), ce n’est clairement pas l’intérêt pour Canonical.

C’est un article de Stéphane Robert sur son site « Le Libriste » qui m’a apporté des éléments d’argumentation sur le non-intérêt de Canonical de voir Unity exister ailleurs que sur Ubuntu.

Car même si Cyrille Borne l’a précisé maintes fois, Unity ce n’est pas Ubuntu, Canonical avec sa volonté d’interface passant aussi bien sur une tablette que sur un portable que sur un ordinateur de bureau classique, en clair, un « one-size-fits-all », c’est une volonté de verrouiller le marché des distributions un minimum, en s’adressant à un marché plus qu’alléchant : les débutants dans le monde linuxien.

J’ai déclaré dans un article précédent qu’Ubuntu aurait quelque chose comme 34% de parts de marché sur le domaine des distributions linux. Or, ce n’est pas encore suffisant pour verrouiller le marché et imposer sa vision de l’interface graphique. La masse critique serait plus proche des 70% pour qu’un tel verrouillage puisse devenir réalité.

Je vais maintenant copier trois / quatre paragraphes de l’article de Stéphane qui illustre le coeur du problème, avec des points que je n’aurais pas aborder, Unity ayant tendance à me taper trop rapidement sur les nerfs 🙁

Donc au final ca serait bien que Canonical laisse le choix de l’Interface Utilisateur lors de l’installation d’Ubuntu. Pour rappel il est tout à fait possible d’installer Gnome-Shell et Gnome Classique.

Je ne peux qu’applaudir des deux mains ici. Cependant, est-ce dans l’intérêt de Canonical ? Pas vraiment 😉

Canonical tente de faire passer son interface Unity au forceps en vidant les autres interfaces que sont Gnome Shell et Gnome Classique des meilleures applications. Même si il est tout à fait possible de recourir à l’utilisation d’un dépot PPA pour les installer, ce genre de manipulations n’est pas accessible aux communs des utilisateurs et peut être source de fausse manipulations.

En effet, comme dis plus haut, en laissant le choix et en évitant de faire croire qu’Unity est la meilleure interface utilisateur actuelle, Ubuntu pourrait satisfaire beaucoup plus d’utilisateurs.

En clair, c’est une tactique classique en stratégie : essayer de d’amoindrir l’adversaire sans que cela soit trop visible. Comme jadis Microsoft avait utilisé SCO pour attaquer Linux.

Manque de chance, il n’y a pas qu’une seule distribution linux, et même si c’est un hobby d’utilisateurs « avancés », on peut très bien comparer la version du Gnome-Shell proposée par Canonical avec une version plus proche de l’origine, comme celle d’une Fedora Linux en utilisant un liveCD par exemple.

Quant aux autres points de l’article sur l’ergonomie de l’interface ou encore sa difficulté de personnalisation, je n’ai rien à rajouter. Tout est dit par Stéphane dans son article.

Mais c’est du pur marketing que l’on ressent dans cette volonté de souder Unity et Ubuntu.

Maintenant, ce n’est qu’un point de vue, et j’attends vos réactions avec une impatience non dissimulée.

20 réflexions sur « De l’intérêt pour Canonical d’avoir un Unity non portable, ou peu portable… »

  1. Je partage cette vision de la stratégie de Canonical. Et effectivement, Gnome-shell sous Fedora est bien mieux intègré et complet que sous Ubuntu! Linux Mint semble l’avoir compris et va peut-être apporter une réponse intelligente : une distro Debian/Linux, Gnome-shell, et des extensions optionnelles qui permettent de rendre son bureau aussi convival qu’on le désire… Canonical a déjà perdu des utilisateurs au profit de Fedora, maintenant l’exode vers Mint risque d’être encore plus massif…

      1. Certes, proposer ça sous forme d’extension au standard Gnome Shell (au sens API) c’est propre. Mais in fine, c’est une extension pour « cacher » Gnome Shell (au sens « une certaine vision du bureau »), ce qui n’est pas très satisfaisant intellectuellement…

  2. Bonjour,

    Parfaitement d’accord avec toi sur le souhait de voir Canonical rapidement libérer ses technologies et outils tels que Unity, Ubuntu One ou la logithèque Ubuntu, ceci afin qu’ils puissent être adoptés par des distributions autres que de simples forks. Le portage de Unity va dans le bon sens.

    Pour le reste, je crois que tu prêtes à Canonical une intention sans donner aucun élément de preuve. Jusqu’à preuve du contraire, l’objectif de Canonical est clairement annoncé: il s’agit d’élargir l’audience de sa distribution au grand public, et non de séduire quelques barbus mécontents. Pas plus tard qu’hier, j’ai présenté Unity à un débutant et à un MacUser. Dans les 2 cas l’interface a séduit par sa simplicité et son esthétique soignée : un accès aux applications majeures en 1 clic, l’accès aux autres applications en tapant le début du nom et en se laissant guider par l’analyse syntaxique de Unity, l’accès aux options par la barre de menu globale, l’utilisation des quicklistes, etc…Et elle pourra évoluer pour s’adapter aux tablettes et smartphones comme le montre l’intégration du lanceur Slingshot. Le choix de remplacer evolution par Thunderbird va aussi dans le sens d’augmenter l’audience (je l’utilise en double boot Ubuntu / Windows 7) .

    Tu pourrais aussi te poser des questions analogues sur la stratégie de l’équipe Gnome mais je comprend que ça ne fera pas le buzz. Quelle est leur vision du futur bureau Linux? Pourquoi Gnome shell est-il basé sur la branche mutter de Metacity alors qu’il suffisait d’utiliser une interface plus performante qui a largement fait connaître linux, c’est-à-dire compiz ? Vont-ils continuer à raser gratis sans donner aucune visibilité sur l’avenir ? Je ne parle même pas de verrouillage car les power users pourront toujours passer à autre chose : kde, xfce, etc…

    Pour terminer, je propose aux geeks d’essayer le gestionnaire de fichiers Rodent Gamma 4.7.4. Celui-ci s’installe sur Ubuntu 11.10 et sur ArchLinux, et s’intègre bien à Unity tout en permettant de se passer du dock en donnant accès à toutes les fonctions du système par un simple clic et des menus déroulants.

    1. Pour le reste, je crois que tu prêtes à Canonical une intention sans donner aucun élément de preuve. Jusqu’à preuve du contraire, l’objectif de Canonical est clairement annoncé: il s’agit d’élargir l’audience de sa distribution au grand public, et non de séduire quelques barbus mécontents.

      Qui représente peu ou prou 66% des utilisateurs de distributions linux actuellement 😉

      Pour la suite du paragraphe, je te dirais qu’on peut en faire autant avec Gnome-Shell 😉

      Tu pourrais aussi te poser des questions analogues sur la stratégie de l’équipe Gnome mais je comprend que ça ne fera pas le buzz. Quelle est leur vision du futur bureau Linux? Pourquoi Gnome shell est-il basé sur la branche mutter de Metacity alors qu’il suffisait d’utiliser une interface plus performante qui a largement fait connaître linux, c’est-à-dire compiz ? Vont-ils continuer à raser gratis sans donner aucune visibilité sur l’avenir ? Je ne parle même pas de verrouillage car les power users pourront toujours passer à autre chose : kde, xfce, etc…

      Simplement qu’ils n’ont pas eu envie de dépendre d’une technologie tierce. Et Compiz, je l’ai connu à l’époque du fork beryl. C’est peut-être un logiciel sympathique, mais chiantissime à configurer.

      Et nombre d’utilisateurs préfèreront l’interface de KDE ou de Xfce sans être forcément des power-users.

      Quant à Metacity, jusqu’à preuve du contraire, c’est lui qui s’occupe de gérer les fenêtres du moins en mode restreint 😉

      Les « trifouillages » de l’équipe de Canonical sur Gnome sont légions : banshee – viré pour la 12.04 ? – Thunderbird à la place d’Evolution alors que lightning, le module agenda de Thunderbird est pas encore finalisé. Une erreur stratégique de plus, pour courtiser les « débutants ».

      Et merci pour le gestionnaire de fichiers dont tu parles à la fin.

      1. Choisir Rythmbox à la place de Banshee après avoir choisi Banshee à la place de Rythmbox est certes curieux mais je ne vois pas en quoi c’est un « trifouillage » de Gnome : Rythmbox apparaît toujours comme une application Gnome mise en avant sur gnome.org.

        Par ailleurs, décrire le choix de Thunderbird vs Evolution comme une erreur stratégique faite pour courtiser les débutants est étonnant : une distribution n’est-elle pas aussi un choix d’applications selon la cible visée (et l’envie du distributeur) ? Et puis Thunderbird, c’est Mozilla, je ne vois pas où est le problème (alors que pour Banshee on ne peut pas forcément en dire autant…). Et rassure-toi (ou pas), ya plus guère de lambda users qui utilisent encore un client mail (à mon avis à tort mais peu importe).

        1. Cela me fait penser à une sorte de rétropédalage comme quand Gwibber avait été interfacé avec CouchDB avant de revenir à une base sqlite, largement plus légère, aux alentours de l’époque de la ubuntu 10.04 si mes souvenirs sont bons.

          Et puis Thunderbird, c’est Mozilla, je ne vois pas où est le problème (alors que pour Banshee on ne peut pas forcément en dire autant…). Et rassure-toi (ou pas), ya plus guère de lambda users qui utilisent encore un client mail (à mon avis à tort mais peu importe).

          Le problème est que le module agenda de Thunderbird est loin d’être aussi évolué que celui d’Evolution.

          1. Tu admettras que « rétro-pédalage », c’est pas exactement pareil que « trifouillage de Gnome », surtout dans le contexte un peu accusatoire de ta note… 🙂

            En ce qui concerne Thunderbird, je suis le premier à regretter Evolution (qui pourtant ne me sert qu’à backuper mon gmail) mais TB a l’avantage d’exister aussi sur Windows et donc d’être souvent utilisé au travail (quand on ne te t’impose pas Outlook…). De toutes façons, de moins en moins de gens utilisent un client mail alors difficile de parler d’erreur stratégique ici.

          2. Je plaide coupable, mais le rétropédalage actuel (à vérifier) concernant le duo Banshee – Rhythmbox me faisait penser à celui de Gwibber avec l’abandon en catastrophe de CouchDB.

            De toutes façons, de moins en moins de gens utilisent un client mail alors difficile de parler d’erreur stratégique ici.

            Ce qui est une grossière erreur… On n’a jamais trop de copie de ses données… Enfin, on l’apprend souvent de manière douloureuse ! 😀

    2. > Parfaitement d’accord avec toi sur le souhait de voir Canonical rapidement libérer ses technologies et outils tels que Unity […].

      Unity n’est peut être pas facile à intégrer dans d’autres distributions (combien essayent ?) mais la théorie évoquée ici (Canonical fait ce qu’il peut – discrètement – pour que Unity ne soit pas utilisé ailleurs) reste à prouver. Et quoiqu’il en soit, il n’y a rien à libérer : Unity est open source, non ?

      1. Il suffit de voir la version « castrée » et maltraité de Gnome Shell proposée par Canonical pour faire dire aux personnes qui testent : Unity est quand même vachement mieux fait que Gnome-Shell… 😀

        Unity est open-source, oui, mais dépend de paquets rustiné pour des versions précises, et parfois les dits paquets n’existe plus, car trop ancien pour d’autres distributions.

    3. > Pourquoi Gnome shell est-il basé sur la branche mutter de Metacity
      > alors qu’il suffisait d’utiliser une interface plus performante qui a largement
      > fait connaître linux, c’est-à-dire compiz ?
      >
      Mutter dépend de la librairie Clutter et non de Metacity qu’en réalité elle remplace.
      – Les couples de librairies hors KDE, XFCE sont :
      – Unity 2D/Metacity/QT,
      – Unity 3D/Compiz/Nux,
      – Gnome3/Gnome-Shell/Mutter/Clutter/GTK+
      – Gnome2.x/Metacity/GTK+

      Mutter est une réécriture de Metacity. Et si tu penses aujourd’hui qu’une interface basée sur Compiz est plus interressante parce que plus stable tu as raison. En effet Clutter et Mutter sont jeunes et pas tout à fait au point. C’est aussi la raison du choix de Canonical de s’appuyer sur Compiz et Nux. Sauf que Compiz n’a jamais, au départ, été conçu pour remplacer Metacity.

      Aussi sur le seul point du choix des librairies l’avenir appartient plutôt à Clutter/Mutter qu’à Nux/Compiz, même si Nux c’est pas mal du tout…

      A contrario on pourrait se demander pourquoi si Canonical voulait absolument privilégier son interface Unity au dépend de Gnome-Shell ne l’a t’il pas basé sur Clutter/Mutter d’autant qu’il y avait la primauté du projet Gnome-Shell ? Sur ce sujet l’équipe de Shuttleworth a pris un sacré risque. Cela semble prendre le chemin d’un fork plus général de Gnome au vu des dernières annonces concernant le portage sur les terminaux nomades.

      Tout ou tard Canonical proposera ses propres applications. Le choix de privilégier Thunderbird au détriment d’Evolution est peut-être une indication d’un divorce à venir. Et là cela va être un sacré défi vu qu’il va falloir fédérer bon nombre de contributeurs… à moins de développer en interne façon Apple avec sa suite iWork ?!

      Le fait de privilégier Unity au profit de Gnome-Shell est une chose mais au point de castrer ce dernier me fait penser que les choses vont vraiment mal entre les deux.
      C’est vrai que l’on a très peu d’info fiables sur le futur de Gnome sur l’ensemble de la gamme des terminaux. Mais bon on peut aussi s’attendre à une réaction de leur part au double défit que leur proposent Canonical et KDE sur les interfaces nomades.

      Comme je le disais dans un autre post Linux Mint risque à court terme d’être le gagnant de la stratégie de Canonical et peut-être aussi Mageïa (faudra voir sa seconde mouture en mai 1012), voire PC Linux l’autre fork de Mandriva au cas où le premier (en fait le second dans l’ordre chronologique) stagnerait.

      Reste que sans bruit Fedora (Gnome 3 pur jus) et OpenSuse (KDE privilégié) sur Distrowatch devancent aussi Ubuntu en se positionnant derrière Linux Mint. Il y a vraiment de la rébellion dans l’air… de la part des usagers. L’année 2012 s’annonce passionnante.

      Nota : le vendredi à venir peut aussi s’écrire 111111. Zouli binaire 🙂

      1. Merci pour cet éclaircissement (j’ai cependant lu quelque par que le fallback de Gnome Shell est un « Classic » réécrit en GTK3, alors que toi tu parles de GTK2 ?).

        Ce que je comprends, c’est que le fractionnement technologique (les différentes piles de librairies) est encore plus préjudiciable que le fractionnement des designs de bureau (Unity, Gnome Shell, KDE, etc…) car il peut impacter les applications elles-mêmes et donc conduire également éventuellement à leur fractionnement.

        Ceci dit, ce n’est pas la première fois que ça arrive puisque aujourd’hui on a bien Gnome, KDE, XCFE, etc… Alors, c’est certes dommage que Unity n’ait pas retenu les mêmes solutions technologiques que Gnome Shell (la raison « invoquée » serait que Clutter/Mutter n’était pas assez mûr), mais ils n’ont pas non plus réinventé un truc puisqu’ils se sont appuyé sur une techno existante (Compiz).

        On peut aussi penser que Gnome n’avance que quand on le bouscule (KDE 4, Unity) et que ça ne collait pas forcément avec la volonté d’aller vite de Canonical.

        Quoiqu’il en soit, le résultat de tout ça n’est pas génial :
        Gnome Shell : plus ou moins aussi décrié que Unity
        Unity : plus ou moins décrié que Gnome Shell
        KDE : les deux tiers des utilisateurs n’y comprennent rien (trop avant-garde ?)

        Alors XCFE ? Certes, Linus le trouve mieux que Gnome Shell mais souligne en passant que c’est un recul par rapport à Gnome 2 (selon lui)… LXDE, n’en parlons pas même si c’est sans doute très bien pour les petites configs.

        Une solution à la Mint : une extension Gnome Shell qui « cache » l’ergonomie discutée de GS ? Pas très satisfaisant intellectuellement.

        Le plus gros tort de Unity est peut-être celui-là : être venu rajouter la couche de trop à cette cacophonie qui, tout en étant un des avantages de Linux, est également une de ses plus grosses épines dans le pied. Pourquoi ne serait-il pas possible de construire différents desktops, avec des ergonomies différentes, mais basés sur une pile logicielle unique (avec Qt entre autres) ?

        1. Tout à fait d’accord avec ce point de vue.

          Note que la situation n’est pas si désespérée. Avec un Ubuntu 11.10 bien configuré, on peut avoir une session avec unity / compiz, une autre avec Gnome-shell / clutter, une troisième avec Cairo-dock, une quatrième avec Awn, une cinquième avec kde, etc… et on choisit en fonction de l’humeur!!! on peut même paramétrer le système pour que certains logiciels ne démarrent qu’avec certains environnements. Maintenant, je ne pense pas que ça aidera le logiciel libre à capter une part plus importante du public ? Mais est-ce vraiment souhaité à part par Canonical ?

          1. Cependant, faut-il que les logiciels en question soit proposés dans leur intégralité, et non à 75% ou 80%.

            Quant au grand public, il utilise linux sans le savoir tous les jours ou presque. Ce qui manque, c’est la visibilité sur le bureau.

Les commentaires sont fermés.