Et si finalement le pire ennemi du logiciel libre, c’était les libristes eux-mêmes ?

Au 3ième siècle avant notre ère, Antigone II Doson, Roi de Macédoine, prononce une phrase célèbre :

« Dieu me garde de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge. »

Reprise par le Maréchal de Villars, puis par Voltaire, cette phrase défini un bon problème : le danger vient plus souvent de son propre camp que du camp de l’adversaire.

C’est en lisant cet article de Cyrille Borne que je me suis aperçu de la profondeur de cette vérité.

Je cite le passage qui est pour moi le plus clair :

Si le Linux d’aujourd’hui est plus performant, plus utilisable c’est parce qu’il y a effectivement de nombreux techniciens qui se sont collés à son amélioration. Je pense que les gars qui ont fait les centrales nucléaires sont un peu des gens comme moi, ils ont du se dire que c’était une bonne idée, mais aujourd’hui à enterrer les déchets un peu partout sur la planète on se rend compte qu’il y avait des choses qu’on n’avait pas nécessairement prévu même si certains ont du tirer la sonnette d’alarme. Depuis longtemps Christophe tire la sonnette d’alarme contre des gens comme moi et il a peut être raison. En effet, l’évolution de Linux notamment à travers Ubuntu qui vous le verrez continuera à drainer des parts de marché de plus en plus importantes se fait avec de plus en plus d’écart avec les fondements de la liberté logicielle. Alors voici la question qui manque à l’article de Louis : est ce que les pragmatiques dont je fais partie sont en train de tuer Linux ? Est ce que le développement logiciel à tout prix, le « faut que ça marche » n’est pas la bombe atomique de demain qui va nous péter à la gueule ? (toute proportion gardée)

J’ai mis en gras les passages les plus importants.

Même si j’ai été parfois en désaccord avec Cyrille, j’approuve ce point précis de son article. Mais il faut savoir faire la part des choses.

Il est évident que sans Richard M. Stallman, le Logiciel Libre et sa variante « plus permissive » qu’est l’OpenSource n’existerait pas.

Quand en 1990, le projet GNU avait presque tous les éléments pour proposer un OS 100% basé sur du logiciel libre, il ne manquait que le noyau. Quand Linus Torvalds a proposé sa première version du noyau linux, il n’était pas dit que le succès serait au rendez-vous. Mais ce fut le cas.

Quand j’ai été obligé de changer d’ordinateur suite au décès de ma machine précédente, j’ai été contraint par mon budget à prendre du premier prix : évidemment, je n’ai eu qu’un CPU d’entrée de gamme (donc un double coeur), avec un disque dur d’entrée de gamme, un circuit graphique nVidia.

Et quand j’ai vu qu’il y avait un circuit nVidia, et que le prix était dans mon petit budget, je n’ai pas hésité, je l’ai pris.

Bien entendu, si j’avais suivi mon instinct de libriste, j’aurais pris un CPU intel avec un GPU intel… Mais cela aurait augmenté la note d’au moins 50 à 60 €…

La réaction d’Antistress m’a franchement heurté. Je vis dans ce que je considère être le monde réel. Mon budget étant ce qu’il est, je ne pouvais pas me permettre de prendre une machine plus chère, même si j’aurais bien voulu.

Je m’en fiche un peu de devoir utiliser un pilote propriétaire pour mon circuit vidéo. D’ailleurs, si je n’utilisais pas Compiz, j’aurais largement pu me contenter du pilote nouveau qui fonctionne pas trop mal à ce que j’ai pu voir.

Si j’avais voulu me la jouer librissiste (plus libriste que RMS lui-même), j’aurais installé une ArchLinux en me recompilant le kernel-libre, en rajoutant gnash, et en utilisant GNU IceCat.

Cependant, j’utilise le noyau officiel de la ArchLinux, avec flash et des versions de Mozilla Firefox de développement ? Pourquoi ?

Parce que je suis pragmatique, et que je veux avoir une machine utilisable. Car j’ai besoin aussi de ma machine pour travailler, et qu’il me faut faire des choix.

Mon but, c’est de remplacer le pilote propriétaire nVidia par nouveau quand celui-ci aura la 3D complètement activé, et une version de gnash utilisable sur 99% des sites qui utilise flash.

Il a fallu 3 ans pour que Linus Torvalds et les hackers arrivent à sortir linux 1.0. Je suis prêt à attendre encore un ou deux ans pour pouvoir faire fonctionner ma machine avec que du logiciel libre. D’ici là, je ferais des compromis pour pouvoir utiliser l’informatique.

Que cela déplaisent à certains librissistes, tant pis. Mais savoir trouver un juste milieu est le fondement de la vie. Ce n’est pas pour autant que je jetterais la pierre à Christophe. Au contraire, des puristes sont nécessaires. Sans eux, pas d’évolution, au minimum sur le plan technique des logiciels.

Il est dommage que certaines personnes voulant faire du zèle en viennent à faire plus de mal que de bien au logiciel libre… Je ne vise personne en particulier, mais juste une mouvance qui est trop intransigeante et qui risque de faire tout exploser en vol.

27 réflexions sur « Et si finalement le pire ennemi du logiciel libre, c’était les libristes eux-mêmes ? »

  1. Je pense qu’il faut forcement des « gardiens » sous peine de pouvoir perdre l’idée originale.
    Mais un vrai libriste ne veut pas t’imposer un OS 100% libre, il veut que tu puisses choisir un OS 100% libre. En ce sens, je ne vois pas en quoi il serait un danger pour le logiciel libre. Il lui permet au contraire d’exister et a partir de la de pouvoir faire des compromis.

    Tu n’as pas bien repris la question de Cyrille. La question concerne en effet Linux et non pas les logiciels libres.

  2. Bonjour !

    « Il est évident que sans Richard M. Stallman, le Logiciel Libre et sa variante « plus permissive » qu’est l’OpenSource n’existerait pas. »

    Non, l’OpenSource est antérieur au Logiciel Libre et à RMS. A l’origine tous les logiciels avaient leur code source ouvert, sans fondement idéologique. Et c’est en réaction à la fermeture des codes que RMS et quelques autres ont posé les bases de la liberté logicielle et de la GPL.

      1. L’Open Source en tant que mouvement structuré, notamment par l’OSI, est effectivement un phénomène récent. Mais on a fait des logiciels Open Source bien avant que Eric S. Raymond n’essaye de déposer le nom ou que l’OSI soit crée. Les premières licences BSD remontent à 78 ou 79 il me semble.

  3. Je suis au regret de t’annoncer que tout le monde vit dans le monde réel, et donc cet argument n’a que pour but de rabaisser l’adversaire en le mettant à l’écart des gens dits normaux.
    Sinon, pour parler sérieusement, les machines d’entrée de gamme ont plus tendance à avoir un processeur monocore intel, et un GPU intel (qui est dans tous les cas moins cher que du nvidia), donc je vois mal la logique ici :s ; personnellement tous les pc « bas de gamme » que j’ai vu avaient ce type de configuration (avec en variante mono ou dual core).
    Pour information, Archlinux n’est pas une distribution « libre » au sens de la FSF, vu qu’elle va un peu à l’encontre des objectifs de liberté des dépôts ; mozilla firefox est tout à fait conforme avec les idéaux du logiciel libre, icecat étant plus une lubie de debian qu’autre chose ; et enfin, gnash ne sera jamais 100% fonctionnel, et même en ce cas, il ne serait pas acceptable, la technologie flash allant à l’encontre du principe même de liberté.
    Pour l’avant-dernier paragraphe, non, ta notion d’équilibre me semble faussée, ça me rappelle un camarade qui disait qu’il lui fallait un dual boot windows pour maintenir une « dualité » sur son pc. Où est l’équilibre là-dedans, quel équilibre ?

    Ps n°1 : c’est souvent plus facile de faire fonctionner en 100% libre les machines low-cost que les chères
    Ps n°2 : Le composite marche très bien avec nouveau, il est en permanence activé chez moi
    Ps n°3 : (en rapport) tu as vraiment besoin de compiz pour bosser ? 😀
    Ps n°4 : ne te méprends pas, je ne te fais pas la leçon, le logiciel propriétaire, c’est uniquement le problème des gens qui en installent, je ne fais que reprendre quelques points ;).

    1. « Je suis au regret de t’annoncer que tout le monde vit dans le monde réel, et donc cet argument n’a que pour but de rabaisser l’adversaire en le mettant à l’écart des gens dits normaux. »

      Sauf certains zélotes qui semblent vouloir ne pas voir certaines choses 😉

      Pour l’entrée de gamme, je suis allé à l’hypermarché le plus proche, et j’ai pris le prix qui correspondait mieux à mes besoins. 🙂

      C’est IceWeasel la « lubie » de Debian, et non IceCat, mais j’avoue qu’on s’y perd un peu.

      Si le composite fonctionne avec un circuit GeForce 6150, je t’avoue que je vire le pilote proprio nvidia sur le champ 😉

      Cependant, il semble que le paquet nouveau-drm ne semble pas être compatible avec le noyau 2.6.34 🙁

      Merci pour le commentaire, au moins, c’est de l’argumenté comme je l’aime 😉

      1. Ah, désolé pour l’hypermarché, j’avoue que je vais rarement faire mes courses dedans :P.

        Et effectivement, je me suis trompé pour iceweasel/icecat, même si au final c’est le même type de lubie un peu folle, vu que le code reste libre.

        Pour nouveau-drm, je sais pas, j’utilise une version git, même si il me semble effectivement avoir eu quelques conflits à un moment :).

        1. J’ai essayé avec le noyau 2.6.34 (qui contient déjà le module nouveau), et en 2D, cela fonctionne. Seul hic, impossible d’activer compiz, ça me brouille l’affichage. En tout cas, cela fait plaisir à voir. Peut-être que d’ici 6 mois, je pourrais faire tourner compiz en 3D avec le serveur nouveau.

  4. Pour ma part le fait qu’on s’interroge déjà sur le bien fondé de faire des entorses et d’essayer quand même de rectifier le tir montre que finalement on se pose peut être les bonnes questions et que nous ne sommes peut être pas si éloignés des gardiens du temple qu’on pourrait le penser. Le soucis bien sûr c’est quand on a face à soi des gens qui adoptent une position totalement monolithique et qui diront qu’un écart, c’est toujours un écart de trop.

    Pour ma part je pense quand même qu’il y a un fossé entre être sous Windows avec 50 logiciels piratés pour une somme de 100.000 €, avoir des comptes sur tout ce qu’on peut faire de propriétaire de facebook à google, et être à 99.7 % sur une machine libre et aller au plus libre dans le meilleur des cas.

    Pour ma part bien sûr.

    Salutations aux habitués.

    1. Je suis entièrement d’accord avec ton premier paragraphe.

      « Pour ma part je pense quand même qu’il y a un fossé entre être sous Windows avec 50 logiciels piratés pour une somme de 100.000 €, avoir des comptes sur tout ce qu’on peut faire de propriétaire de facebook à google, et être à 99.7 % sur une machine libre et aller au plus libre dans le meilleur des cas.  »

      Légèrement oui. J’essaye de marier le plus de logiciel libre / technologie libre avec un minimum de propriétaire. Ce qui n’est pas toujours évident.

      Sans violer mon secret professionnel, dans l’association où je travaille, nous utilisons quand c’est possible du logiciel libre / opensource. Même si par obligation, nous sommes obligés d’utiliser du MS-Windows XP. Il y a une borne internet sous ArchLinux que je maintiens en état de marche, avec une interface gnome simplifiée au maximum pour ne pas choquer le windowsien lambda.

      Voila, maintenant, si cela facilite le transit intestinal de certains zélotes, tant pis. C’est la vie et elle est ainsi faite.

  5. Les parts de marché, on les laisse au gang des costard-cravate. Qu’est-ce que ça apporte? Des kikoolol qui nous gueulent dessus car ils ne peuvent pas installer MSN, et à terme cela nous amènera des logiciels proprios, des spywares, etc. L’objectif du libre c’est de rester libre, c’est comme ça que ça marche.

    Si vous devez installer un pilote propriétaire pour faire fonctionner l’affichage, ce n’est pas si gênant du moment que vous en avez conscience.

    Les distributions 100% libres du type gNewSense ont surtout pour but de démontrer que dans le noyau Linux il y a des bouts de codes non libres (des firmwares). Et ça, très peu de gens le savaient avant. Le but n’est pas de faire chier le monde mais d’informer les gens.

    1. « Les parts de marché, on les laisse au gang des costard-cravate. Qu’est-ce que ça apporte? Des kikoolol qui nous gueulent dessus car ils ne peuvent pas installer MSN, et à terme cela nous amènera des logiciels proprios, des spywares, etc. L’objectif du libre c’est de rester libre, c’est comme ça que ça marche. »

      Modulo le terme de « gang des costard-cravate » je suis entièrement d’accord avec l’idée developpée ici.

      « Si vous devez installer un pilote propriétaire pour faire fonctionner l’affichage, ce n’est pas si gênant du moment que vous en avez conscience. »

      A 100% de ses capacités, en tout cas plus qu’avec le projet NouVeau qui est sur la bonne pente pour remplacer le pilote propriétaire privateur , d’ici quelques mois / années.

      Après tout, sur 64 bits (j’utilise des distributions 64 bits depuis en gros septembre / octobre 2006), le nombre de logiciels propriétaires privateurs à utiliser pour une machine plus que fonctionnelle a diminué : java grace au projet openjdk pour ne citer que le premier exemple qui me vienne à l’esprit.

      « Les distributions 100% libres du type gNewSense ont surtout pour but de démontrer que dans le noyau Linux il y a des bouts de codes non libres (des firmwares). Et ça, très peu de gens le savaient avant. Le but n’est pas de faire chier le monde mais d’informer les gens. »

      Et de permettre aux libristes puristes (les modérés) de pouvoir montrer que des machines n’utilisant que du logiciel libre, cela peut fonctionner.

  6. « Si j’avais voulu me la jouer librissiste (plus libriste que RMS lui-même), j’aurais installé une ArchLinux en me recompilant le kernel-libre, en rajoutant gnash, et en utilisant GNU IceCat. »

    As-tu déjà vu ce que RMS fait tourner sur sa machine ? J’en doute. Auquel cas, je ne comprends pas bien où tu veux en venir en mettant à l’index gnash, IceCat et la kernel-libre.

    Debian fait depuis pas mal de temps un boulot remarquable sur le noyau afin de le libérer du code proprio. Et si tu ne peux pas faire tourner ta machine dessus, ce n’est pas de la faute des libristes ou librissistes mais bien la faute à ceux qui ne veulent pas qu’il en soit autrement, fabricants et autres oiseaux de mauvaise intelligence.

    Et puis, comme le dit fort justement Louis, personne ne veut t’imposer quoi que ce soit, pas plus RMS que n’importe quel libriste mais seulement que tu puisses faire le choix d’un kernel libre ou pas, un choix éclairé.

    « Parce que je suis pragmatique, et que je veux avoir une machine utilisable. Car j’ai besoin aussi de ma machine pour travailler, et qu’il me faut faire des choix. »

    Heu… personne ne veut mettre en péril ton boulot. Ce que tu fais toi-même pour toi-même, ça te regarde. Et à la limite ça ne regarde personne d’autre. Le problème, avec pareil billet, tout comme avec un certain nombre d’articles de Cyrille, c’est que tu l’exposes publiquement et que du fait de ta certaine popularité, tu deviens exemplaire.

    En mettant, par exemple, du Flash dans ton avant-dernier billet, tu savais pertinemment que tu balançais un fichier dans un format mal interprété par certains navigateurs et certaines versions libres du lecteur proprio que tu connais. Tu le sais aussi que ce format est utilisé à outrance sur certains sites et que de fait ces sites en deviennent infréquentables parce qu’inaccessibles pour certaines personnes qui n’ont pas tes yeux, entre autres. Voilà le plus bel article que j’ai lu sur la question :

    http://blog.webatou.info/post/Ne-dites-pas-a-ma-mere-que-en-fait-j-ai-fait-le-site-de-la-fete-de-la-musique

    Honteux.

    « Mais savoir trouver un juste milieu est le fondement de la vie. »

    Le juste milieu, ce serait aussi de ne pas toujours prendre son nombril pour le centre de l’univers et de laisser entendre que ce que l’on fait c’est bien juste parce qu’on en a besoin, que ça nous fait du bien. Que l’on a aussi une responsabilité dans la nuisance que l’on occasionne chez les autres pour son propre bien-être.

    Quelqu’un te l’a dit ici, les libristes sont aussi dans la vie, la vraie, ils mangent, etc. Même les « zélotes ». Tout zélote ou zélateur vit. Certainement pas la même vie que toi, confronté à des réalités qui ne sont pas forcément les mêmes que les tiennes, c’est certain, mais il n’en est pas moins humain que madame Michu ou Fred Bezies. L’argument est d’une portée plus que douteuse.

    « Il est dommage que certaines personnes voulant faire du zèle en viennent à faire plus de mal que de bien au logiciel libre… Je ne vise personne en particulier, mais juste une mouvance qui est trop intransigeante et qui risque de faire tout exploser en vol. »

    C’est trop évasif pour être intelligible. De quoi ou de qui parles-tu ?

    Le libre, la liberté logicielle n’est pas qu’une affaire d’outils que tu utilises personnellement. Ce qui est en jeu dépasse et de loin ton propre confort personnel. Et c’est sur ce point que j’apprécie le travail de Cyrille, ce qu’il fait dans son établissement, qui me semble bien plus efficace que ses billets pro-Ubuntu.

    L’essence du logiciel libre, écrivait il y a peu Benjamin Mako Hill, est de permettre aux utilisateurs de micro-informatique d’être maître de leur machine et de leurs données. RMS dit rien d’autre. Roberto di Cosmo non plus.

    La liberté logicielle régit nos rapports au sein de la société (liberté de la connaissance, des échanges et de la collaboration, voir sur ce point Michel Serres) et détermine notre façon de vivre, de travailler et de communiquer : l’utilisation d’un logiciel nous inscrit dans un rapport au monde, pas seulement un rapport à nous-même, mais un rapport aux autres, quotidiennement, dans notre travail comme dans notre vie privée.

    « C’est IceWeasel la ‘lubie’ de Debian, et non IceCat, mais j’avoue qu’on s’y perd un peu. » La lubie en question est un problème de copyright, il me semble.

    1. « As-tu déjà vu ce que RMS fait tourner sur sa machine ? J’en doute. Auquel cas, je ne comprends pas bien où tu veux en venir en mettant à l’index gnash, IceCat et la kernel-libre. »

      Je n’ai jamais voulu les mettre à l’index. Si je l’ai fait, c’est à mon corps défendant.

      Il est vrai que les fabricants de matériels sont responsables du mauvais support de certains modèles, bien que ce problème soit de moins en moins fréquent de nos jours.

      « Heu… personne ne veut mettre en péril ton boulot. Ce que tu fais toi-même pour toi-même, ça te regarde. Et à la limite ça ne regarde personne d’autre. Le problème, avec pareil billet, tout comme avec un certain nombre d’articles de Cyrille, c’est que tu l’exposes publiquement et que du fait de ta certaine popularité, tu deviens exemplaire. »

      Je deviens exemplaire ? Pour un petit blog qui n’a même pas 600 pages vues par jour ? Je pense que des sites comme framasoft / framablog ont largement plus d’influence que moi.

      « En mettant, par exemple, du Flash dans ton avant-dernier billet, tu savais pertinemment que tu balançais un fichier dans un format mal interprété par certains navigateurs et certaines versions libres du lecteur proprio que tu connais. Tu le sais aussi que ce format est utilisé à outrance sur certains sites et que de fait ces sites en deviennent infréquentables parce qu’inaccessibles pour certaines personnes qui n’ont pas tes yeux, entre autres. Voilà le plus bel article que j’ai lu sur la question : »

      J’aurais bien voulu utiliser la balise vidéo. Je peux te le dire. Mais le problème est double :

      1) Le support de la balise video
      2) Le format utilisé pour la propagation de la vidéo.

      Il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon coeur.

      « Le libre, la liberté logicielle n’est pas qu’une affaire d’outils que tu utilises personnellement. Ce qui est en jeu dépasse et de loin ton propre confort personnel. Et c’est sur ce point que j’apprécie le travail de Cyrille, ce qu’il fait dans son établissement, qui me semble bien plus efficace que ses billets pro-Ubuntu.  »

      Dans le cadre de mon travail, j’essaye de toujours utiliser du logiciel libre et / ou opensource : Mozilla Firefox, Mozilla Thunderbird, OpenOffice, Gimp, Livrothèque, bref, dès que cela est possible.

      « L’essence du logiciel libre, écrivait il y a peu Benjamin Mako Hill, est de permettre aux utilisateurs de micro-informatique d’être maître de leur machine et de leurs données. RMS dit rien d’autre. Roberto di Cosmo non plus. »

      +1.

      Où ai-je dit le contraire ?

      « La liberté logicielle régit nos rapports au sein de la société (liberté de la connaissance, des échanges et de la collaboration, voir sur ce point Michel Serres) et détermine notre façon de vivre, de travailler et de communiquer : l’utilisation d’un logiciel nous inscrit dans un rapport au monde, pas seulement un rapport à nous-même, mais un rapport aux autres, quotidiennement, dans notre travail comme dans notre vie privée. »

      +1

      Cependant, le logiciel n’est qu’une composante de notre vie moderne.

  7. « Et c’est sur ce point que j’apprécie le travail de Cyrille, ce qu’il fait dans son établissement, qui me semble bien plus efficace que ses billets pro-Ubuntu.  »

    je pleure 😀

  8. Je retiens ce commentaire de l’ami Fred : « les fabricants de matériels sont responsables du mauvais support de certains modèles. »
    Fort de ce constat difficilement contestable, chacun agira en conséquence… ou pas. Et tous seront jugés sur leurs actes.
    C’est ça, la liberté.

  9. « Je deviens exemplaire ? Pour un petit blog qui n’a même pas 600 pages vues par jour ? Je pense que des sites comme framasoft / framablog ont largement plus d’influence que moi. »

    La question n’est pas tant que d’autres aient ou non plus ou moins d’influence que toi. Et puis tu sais bien que le public de Framasoft n’est pas forcément linuxien… ce n’est d’ailleurs pas le linuxien la cible mais bien plutôt celui qui utilise un OS propriétaire. Pour moi-même, jamais je ne regarde la logithèque de Framasoft. En revanche, je lis le Framablog, je suis son actualité, une actualité sans commune mesure, soit dit en passant.

    Tu comptes, Fred, parmi les blogueurs influents de la blogosphère linuxienne francophone, à tout le moins. C’est indéniable. D’ailleurs, c’est très certainement cette influence que mesure, avec plus ou moins de fiabilité, ton classement dans les tops de la tendance. Au même titre que Cyrille, ton actualité est suivie, lue, commentée, critiquée, décriée… Elle ne laisse pas indifférent. Même si l’on te chahute çà et là de temps à autre, tu n’en es pas moins exemplaire, c’est incontestable.

    « J’aurais bien voulu utiliser la balise vidéo. Je peux te le dire. Mais le problème est double :
    1) Le support de la balise vidéo.
    2) Le format utilisé pour la propagation de la vidéo.
    Il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur. »

    Petite parenthèse, il me semblait que Dailymotion proposait un hébergement en ogv, non ?

    Pour ma part, tu t’en doutes bien, je suis partisan d’une position exactement inverse. Et d’ailleurs, quand tu plussoies au but du Libre, à savoir qu’il doit permettre la maîtrise des données et du matériel, tu soutiens une position exactement contraire dans ton article :

    « Parce que je suis pragmatique, et que je veux avoir une machine utilisable. Car j’ai besoin aussi de ma machine pour travailler, et qu’il me faut faire des choix. »

    Ta position de pragmatique s’enracine dans une logique individualiste. Elle donne la primauté à l’utile pour soi sur le libre pour tout. Moi d’abord, en somme. C’est un choix personnel, un choix que je ne soutiens pas parce qu’il est dangereux selon moi et je le dénonce à ce titre, pour ses implications éthiques : « On ne doit nuire à autrui ni par son action ni par son inaction ». En affichant tes positions pragmatiques, tu te satisfais d’une logique privative.

    Le rejet de la logique privative est d’abord et avant tout une préservation : « Pour éviter de se retrouver ainsi lésés, nous devons rejeter les systèmes privateurs ainsi que les applications privatrices » (RMS).

    Le titre de ton article est en lui-même assez éloquent : le pire ennemi du libre serait le libriste lui-même. Il ferait du mal à la cause du Libre en refusant toute accommodation avec le logiciel propriétaire. Cette intolérance, dis-tu, serait un rejet vital (de la vie elle-même) parce que le juste milieu serait au fondement de la vie.

    Je crois très sincèrement que tu ne te rends pas bien compte de ce que tu dis, de ce que cela sous-entend : le libriste, en rejetant opiniâtrement le logiciel privateur, rejetterait la vie elle-même. En somme, le libriste serait contre la vie.

    On peut entendre ton positionnement autrement parce qu’au fond tu ne dis rien d’autre que : il faut de tout pour faire un monde, dans une juste mesure, n’est-ce pas ? Tout ? Non. Nul besoin de développer. Et puis, à moins de croire en un principe de justice universelle qui dicterait à chacun, sa conduite, ce juste milieu dans toute chose (le libriste irait à son encontre), se pose alors la question de la définition de cet équilibre : Qui définit le terme moyen ? Toi, bien évidemment. Si c’est pour toi-même, encore une fois, aucun problème, ça te regarde.

    Pour autant, cette logique de la satisfaction personnelle à une limite socialement, la nuisance pour les autres. C’est en cela qu’elle est intolérable. Tu préfères mettre en ligne ta vidéo et tu te satisfais de la pollution qu’elle occasionne.

    C’est la conscience de soi qui permet à chacun de nous de donner un sens à son idéal et non cette conversion réductrice à la juste mesure (variante du bon sens au centre de la pensée de Cyrille).

    L’idéal humain est inséparable de l’arbitraire d’une subjectivité, c’est-à-dire du sujet qui le fabrique et cela quelle que soit la valeur. Ton idéal n’est pas le mien et réciproquement.

    Comme l’a écrit Georges Bernanos (La Liberté pour quoi faire ?) : « L’espérance est une vertu héroïque » !

    Et pour ma part, je ne peux décemment placer mon espérance dans une logique privative. Ce serait un authentique cauchemar technologique. Une logique d’atomisation et de dévoration. Ton idéal, qui donne la primauté à l’individu, à sa satisfaction personnelle même si c’est au détriment des autres, ne propose rien d’autre.

    Le Libre, à l’inverse, nous engage, de longue date, dans une autre logique : celle du libre échange de la connaissance. Son souci d’excellence, sa recherche d’améliorations, nous situe hors de l’emprise du nécessitarisme personnel et immédiat.

    Soit dit en passant, cette mise en avant de l’utilisation des pilotes propriétaires pour carte vidéo et du format Flash d’Adobe sont symptomatiques d’une incompréhension certaine.

    Le libre n’entre pas dans un schéma d’évolution linéaire sous le contrôle d’une poignée d’initiés (sociétés ou spécialiste accrédités) ; il privilégie la multiplicité des approches et accepte des contributions du tout venant dans une logique d’échange et de partage entre les individus.

    Je est un autre, a écrit Rimbaud, très lucidement, on me pense. Il avait cette conscience très aiguë de ce que l’individu n’est en lui-même rien… sinon un tissu social. Je ne suis que par ce que je ne suis pas. Ce qui est au cœur de la vie, c’est pas une juste mesure, c’est l’échange.

  10. « Tu comptes, Fred, parmi les blogueurs influents de la blogosphère linuxienne francophone, à tout le moins. C’est indéniable. D’ailleurs, c’est très certainement cette influence que mesure, avec plus ou moins de fiabilité, ton classement dans les tops de la tendance. Au même titre que Cyrille, ton actualité est suivie, lue, commentée, critiquée, décriée… Elle ne laisse pas indifférent. Même si l’on te chahute çà et là de temps à autre, tu n’en es pas moins exemplaire, c’est incontestable.  »

    C’est me donner plus d’importance que je n’en ai réellement.

    « Ta position de pragmatique s’enracine dans une logique individualiste. Elle donne la primauté à l’utile pour soi sur le libre pour tout. Moi d’abord, en somme. C’est un choix personnel, un choix que je ne soutiens pas parce qu’il est dangereux selon moi et je le dénonce à ce titre, pour ses implications éthiques : « On ne doit nuire à autrui ni par son action ni par son inaction ». En affichant tes positions pragmatiques, tu te satisfais d’une logique privative. »

    Donc je dois traduire que je suis un collabo du logiciel privateur en essayant de rester pragmatique ?

    « Je crois très sincèrement que tu ne te rends pas bien compte de ce que tu dis, de ce que cela sous-entend : le libriste, en rejetant opiniâtrement le logiciel privateur, rejetterait la vie elle-même. En somme, le libriste serait contre la vie. »

    Tu me diras où j’ai exprimé cette idée dans mon article. Surtout que je pose une question, et que ce n’est qu’une question que j’argumente par la suite.

    Je ne vais pas répondre à ta partie purement philosophique. Je ne dirais qu’une chose pour conclure : je suis une personne qui est toujours à la recherche de l’équilibre. Qu’il y ait des idéalistes qui refusent tout compromis, tant mieux. Cela fait avancer les causes.

    Mais comme l’avait dit Cyrille, c’est aussi grace à des personnes moins idéalistes que le logiciel libre continue de se faire une place au soleil.

    Je ne force personne à lire mes articles. Qu’ils te déplaisent, tant pis. Je n’exprime que mon point de vue, et nullement celui que l’organisation A ou B.

    Maintenant que cela déplaise, tant pis. La Terre n’arrêtera pas de tourner pour autant. Le flash finira surement par s’effronder sur lui-même telle une étoile massive s’écroule sur elle-même pour finir en trou noir.

    L’avenir de l’internet est à son ouverture. J’en suis certain. Cependant, cela ne se fera pas un jour, avec un claquement de doigt.

    C’est tout ce que j’ai à dire. Je pense que le plus simple serait que je ne poste plus rien sur le logiciel libre. Au moins comme cela, je ne provoquerai plus de polémique.

  11. Que cela déplaisent à certains librissistes, tant pis. Mais savoir trouver un juste milieu est le fondement de la vie.

    Ma réponse :

    Je crois très sincèrement que tu ne te rends pas bien compte de ce que tu dis, de ce que cela sous-entend : le libriste, en rejetant opiniâtrement le logiciel privateur, rejetterait la vie elle-même. En somme, le libriste serait contre la vie.

    Tu me diras où j’ai exprimé cette idée dans mon article. Surtout que je pose une question, et que ce n’est qu’une question que j’argumente par la suite.

    Je ne vois pas où tu argumentes sur ce point.

    Je pense que le plus simple serait que je ne poste plus rien sur le logiciel libre. Au moins comme cela, je ne provoquerai plus de polémique.

    Bof.

    1. Je pensais à la question du titre. Quant à ma volonté de ne plus poster sur du logiciel libre, elle sera effective pour le mois qui vient. Au moins, comme cela, je ne ferais plus de mal au logiciel libre, comme tu le dénonces dans mon article.

  12. Écoute, je ne vois pas bien où tu veux en venir. Si tu ne veux pas de contradiction, il serait plus simple de fermer les commentaires sur les articles où tu n’admets pas la discussion. Et bassi, comme on dit par ici.

    1. Où je veux en venir ? Nulle part.

      Je ne rejette pas la contradiction, sinon j’aurais censuré tous tes commentaires.

      Nous ne serons jamais d’accord, et comme nous sommes deux entétés, je préfère laisser tomber toute enfilade inutile, sachant que tu auras toujours le moyen de prouver que je suis dans mon tord avec ce billet.

      C’est la raison pour laquelle j’arrête de publier des billets sur le libre durant quelques temps. Cela vaudra mieux. Au moins, j’aurais essayer de publier ma vision sur le logiciel libre, et sur ce qui est – à mon avis mais tu m’as prouvé de manière subtile que j’ai tord – l’un des problèmes actuels dont il souffre.

  13. De mon point de vue, le logiciel libre ne souffre pas. S’il n’est pas plus répandu, puisque c’est le cheval de bataille de ceux qui se plaignent, c’est pas le faute au logiciel libre lui-même mais aux décideurs et aux utilisateurs eux-mêmes.

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