Le soft hopping, un argument fallacieux pour « justifier » l’utilisation de logiciels abandonnés en amont ?

J’adore les commentaires de mon blog, surtout quand ils sont critiques, qu’ils m’accusent de jouer sur le mots et autres argumentations qui sentent bon le souffre 🙂

Dans un commentaire, j’ai appris l’existence d’un néologisme qui est à mes yeux une justification pour l’utilisation de logiciels abandonnés en amont que l’on trouve souvent sur les distributions fixed releases plutôt conservatrices. Je tiens à remercier Palatino pour le terme exprimé dans le commentaire suivant que je cite intégralement.

Après le « distro-hopping, expression d’une insatisfaction chronique ? », le « soft-hopping », ou la nécessité d’avoir toujours la dernière version du logiciel, que ce soit utile ou pas.

Je rejoins le commentaire de dec: « Tu fais tjrs la course aux dernières versions même si elle ne t’apporte rien dans l’absolue ».

Je dois dire que ce commentaire a été source d’une réflexion que je vous livre ici. Je tiens à préciser que je ne pense pas avoir toujours raison. Si c’était le cas, cela ferait longtemps que je me serai lancé en politique pour décrocher le cocotier, à savoir le fauteuil de président de la République.

Sur le plan pratique, avoir un logiciel supporté par l’équipe de développement, cela permet plusieurs choses, entre autres :

  1. avoir une forte certitude que les bugs que l’on peut rencontré à l’utilisation seront corrigés
  2. avoir la possibilité de rapporter un bug sans se faire envoyer paître par les développeurs avec l’argument du « on ne supporte plus cette version, démerdez-vous ! » exprimée de manière plus diplomatique
  3. être à peu près certain que les failles potentielles de sécurité dévoilées seront prises en compte
  4. en cas de nécessaire compatibilité avec des formats fermés d’avoir un meilleur support avec le monde extérieur

Il est évident que certains logiciels sont parfois un peu frais et que ça peut merder. Mais entre un logiciel un peu trop frais et un qui ressemble à une momie en voie de fossilisation, il y a un juste milieu à trouver, non ? 🙂

Évidemment, les équipes de maintenance de logiciels au niveau des distributions peuvent toujours rétroporté les correctifs de sécurité, mais cela finit par se transformer en un empilage de rustines digne de la tour de Pise. Bon, j’y vais un peu fort, mais l’idée est là.

De plus, on ne peut pas rester éternellement sur de vieilles versions de logiciels, ne serait-ce qu’au niveau des bibliothèques utilisées. À un moment ou à un autre, il faudra migrer vers une version plus récente du logiciel, voire de la base utilisée.

On pourrait me répondre : un logiciel qui a atteint une certaine maturité n’a plus besoin d’évoluer. Citez-moi un logiciel dont l’évolution s’est arrêtée et qui est toujours utilisable de nos jours. J’avoue que je sèche un peu. Si vous en avez un à me citer, je suis preneur.

Même au niveau des systèmes d’initialisation, le vénérable sysVinit continue d’évoluer. Au moment où j’écris cet article en mai 2019, la dernière version est la 2.94 sortie en février 2019 !

Il y a aussi le cycle d’évolution des logiciels. Comme je le dis souvent, le cycle des gros projets applicatifs tournent dans les 6 mois (Gnome, KDE, LibreOffice) ou un an (Mate-Desktop) pour rester dans les grands noms.

Si on va dans le domaine des navigateurs web, c’est 6 à 8 semaines entre deux versions. Il y a bien la version ESR (Enterprise Service Release) pour Mozilla Firefox qui a une durée de vie de près d’un an.

Le noyau Linux ? Une nouvelle version majeure tous les deux mois, avec deux à trois noyaux LTS par an. On peut rester sur les noyaux LTS tant que l’on a pas un matériel qui nécessite un noyau à courte durée de vie comme ce fut le cas de mon Ryzen3 2200G en février 2018.

Le noyau linux 4.19.xx LTS gère la totalité de l’APU qu’est le Ryzen3 sans problème, mais j’ai l’habitude de rester sur le noyau le plus récent, maladie de l’archlinuxien chronique sans aucun doute.

Ensuite, on peut très bien rester sur des logiciels anciens. Libre à vous de le faire.

Personnellement, je préfèrerai toujours utiliser des logiciels encore supportés par les équipes de développement pour une simple et bonne raison : je suis un utilisateur actif et plutôt ancien du logiciel libre, qui depuis qu’il a accédé au mono-boot sur le long terme – grâce à la première version LTS d’Ubuntu  la 6.06 – n’a plus fait de distro-hopping depuis son passage vers Archlinux en dehors de deux courtes périodes sur la presque oubliée Frugalware Linux.

En gros, depuis 2011-2012, je suis resté sur mon Archlinux testing qui a suivi mes évolutions matérielle sans broncher.

Prenons rapidement un parallèle automobile. Je dois l’avouer, je suis un amoureux de la coccinelle des années 1960-1970, la « Choupette ». Mais je n’oublie pas que c’est une voiture qui est moins sécurisée que les modèles modernes et qui consomme pas mal… Si j’en crois cette page du site « Le blog Auto », une Choupette peut consommer entre 6,7 et 10 litres pour 100 km parcourus… Ça pique rapidement au niveau budget carburant.

Mais comment ne pas tomber amoureux des rondeurs de la voiture du peuple voulu par le petit moustachu autrichien naturalisé allemand durant les années 1930 ?

Fermons cette parenthèse automobile. Je vais conclure cet article qui s’est déjà pas mal étiré en disant ceci : libre à vous d’utiliser des logiciels abandonnés par les développeurs, rustinés à mort.

Je préfère utiliser des logiciels qui sont encore maintenus par leurs développeurs, même si les fonctionnalités introduites ne sont pas toujours intéressantes. Au moins, en cas d’emmerdements, je suis certain que je me ferai pas jeter si je rapporte un bug.

Sur ce, bonne fin de journée.

20 réflexions sur « Le soft hopping, un argument fallacieux pour « justifier » l’utilisation de logiciels abandonnés en amont ? »

  1. Donc j’en déduis de ton article que le rolling c’est bien uniquement pour les gens qui rapportent des bug.
    Donc pas pour les utilisateurs standards 🙂

    1. Tu fais une fausse déduction de mes propos. Quant aux utilisateurs standards, j’en fréquente quotidiennement sans les prendre de haut.

      Pour le principe des rapports de bugs, les rollings permettent souvent d’avoir les versions supportées par l’équipe de développement.

  2. J’ai jamais que tu les prenais de haut.

    Pour un utilisateur standard quel est l’intérêt d’avoir la dernière version plutôt que l’avant dernière ?

      1. Je pense que 99% des utilisateurs standards ne demandent jamais de support logiciel.
        Quand il ont un soucis avec un logiciel ils cherchent sur le net la solution. Si ca ne fonctionne pas et que c’est très pénalisant ils installent un autre logiciel équivalent.

        1. Ce qui ne faudrait pas faire, mais c’est vrai, l’informatique, c’est magique… Pour 95% des utilisateurs, ce qui complique la tâche des personnes qui veulent faire comprendre que c’est comme tout et qu’il faut parfois se sortir un peu les doigts du fondement.

  3. Bonjour,

    Je pense que la réponse est un poil plus nuancée et dépend de l’usage que l’on fait de son PC. A titre personnel, mon PC sous Mint 19 me sert de station de surf et multimedia, ce qui à mon avis doit correspondre à un usage très répandu. D’autre part j’y teste aussi des bidouilles alakon sans trop de souci pour le moment.

    Dans ce cadre, il ma parait essentiel d’avoir les dernières versions des navigateurs et bien sûr un OS parfaitement mis à jour. En revanche avoir la dernière version de LibreOffice, de VLC ou d’un lecteur audio m’est totalement indifférente. Celles fournies par ma distribution me suffisent largement.

    Pour le kernel, le 4.15 utilisé par Mint me suffit mais je passerais sans doute sur une version plus récente si j’avais un matériel le nécessitant.

    Bref j’ai aussi un PC portable avec une Arch (cinnamon of course) et bien que cet ensemble PC/OS tourne comme une horloge, je ne vois pas le gain en tant qu’utilisateur lambda à avoir les dernières évolutions et ma femme qui l’utilise encore moins. Et les 300 à 600 Mo de mises à jour tous les 15 jours sont un poil fastidieuses avec une simple connexion ADSL (mais c’est un autre débat).

    Cela reste pour moi une question de choix personnel d’où la logique n’est pas forcément présente.

    A+

    1. En revanche avoir la dernière version de LibreOffice, de VLC ou d’un lecteur audio m’est totalement indifférente. Celles fournies par ma distribution me suffisent largement.

      Je suis en désaccord pour LibreOffice, surtout si tu as besoin de travailler avec des formats non ouverts. Dans ce cas, un LibreOffice plus récent et supportés par ses développeurs sera toujours une meilleure option.

      Pour le kernel, le 4.15 utilisé par Mint me suffit mais je passerais sans doute sur une version plus récente si j’avais un matériel le nécessitant.

      Le noyau 4.15 a été abandonné par les développeurs du noyau il y a combien d’années déjà ? Près de deux, non ? C’est pour cela que je considère qu’une distribution LTS devrait rester sur du noyau LTS.

      Bref j’ai aussi un PC portable avec une Arch (cinnamon of course) et bien que cet ensemble PC/OS tourne comme une horloge, je ne vois pas le gain en tant qu’utilisateur lambda à avoir les dernières évolutions et ma femme qui l’utilise encore moins. Et les 300 à 600 Mo de mises à jour tous les 15 jours sont un poil fastidieuses avec une simple connexion ADSL (mais c’est un autre débat).

      Si tu ne vois pas les différences entre les deux modèles, tu aurais besoin de lunettes 🙂

      Ne serait-ce qu’au niveau du noyau qui est plus récent, supporté par les développeurs du noyau, ne pas avoir à rajouter de dépots tiers pour les formats multimédia, etc…

      Cela reste pour moi une question de choix personnel d’où la logique n’est pas forcément présente.

      L’informatique n’est parfois pas trop logique 😀

  4. Garder ses logiciels à jour est une pratique saine et recommandée, mais courir derrière les n° de versions est parfois ridicule :
    – Par exemple quand la nouvelle version n’apporte RIEN pour l’architecture utilisée (par exemple: un fix pour Windows, un correctif pour une architecture ARM quand on est sur x86_64 + GNU/Linux).
    – Les nouvelles versions peuvent aussi être des causes de problèmes, à vouloir foncer, parfois on se ramasse
    – Nouvelle version ne veut pas forcément dire que les versions plus anciennes ne sont plus supportées.

    L’avantage des distributions linux est que l’utilisateur n’a pas besoin de se soucier de cela une fois qu’il a choisi la distribution qui convient à ses besoins (*). Il faut donc bien choisir sa distribution.
    L’essentiel étant d’avoir au minimum les correctifs de sécurité (peu importe qu’on soit sur la dernière version d’un logiciel ou pas). Un autre point important est de pouvoir demander une mise à jour lorsqu’on en a besoin (dans le cas d’une distribution qui ne fait pas systématiquement toutes les mises à jours dès qu’une nouvelle version d’un truc est publié). Et finalement que la distro en question nettoie régulièrement ses dépôts pour supprimer les paquets qui ne sont plus maintenus (soit parce que la source n’est plus active, soit parce que le mainteneur ne répond plus et que personne ne se propose pour reprendre le truc). Ca peut être embêtant, mais ça garanti une bonne santé de la distribution (et ce n’est pas quelque chose d’hyper fréquent non plus).

    (*) Ce qui ne veut pas dire qu’il faille faire une confiance aveugle dans la distrib et ne jamais rien vérifier. Par ailleurs même des rolling releases peuvent proposer des applications qui ne sont plus maintenue depuis des années dans leur dépôt principal ne fut-ce que parce que certain softs les utilisent toujours. Donc cela ne met pas à l’abris d’avoir des trucs qui sentent la naphtaline !

    1. – Par exemple quand la nouvelle version n’apporte RIEN pour l’architecture utilisée (par exemple: un fix pour Windows, un correctif pour une architecture ARM quand on est sur x86_64 + GNU/Linux).

      Il est vrai qu’il y a très souvent des versions qui corrigent ce genre de bugs ponctuels 🙂

      – Les nouvelles versions peuvent aussi être des causes de problèmes, à vouloir foncer, parfois on se ramasse

      Pourquoi KDE 4.0 me vient à l’esprit d’un coup ? 🙂

      – Nouvelle version ne veut pas forcément dire que les versions plus anciennes ne sont plus supportées.

      Dans le meilleur des cas, tu auras la version n-1 voire n-2 qui sera supportée, mais rarement au-dela.

      L’essentiel étant d’avoir au minimum les correctifs de sécurité (peu importe qu’on soit sur la dernière version d’un logiciel ou pas). Un autre point important est de pouvoir demander une mise à jour lorsqu’on en a besoin (dans le cas d’une distribution qui ne fait pas systématiquement toutes les mises à jours dès qu’une nouvelle version d’un truc est publié).

      Tu me donneras des logiciels qui sont rustinées sur plus de deux ou trois générations pour les failles de sécurité. Je n’en vois pas des tas.

      Et finalement que la distro en question nettoie régulièrement ses dépôts pour supprimer les paquets qui ne sont plus maintenus (soit parce que la source n’est plus active, soit parce que le mainteneur ne répond plus et que personne ne se propose pour reprendre le truc).

      Ou encore que le langage utilisé pour développer le logiciel est en voie de mise à mort ?

      Par ailleurs même des rolling releases peuvent proposer des applications qui ne sont plus maintenue depuis des années dans leur dépôt principal ne fut-ce que parce que certain softs les utilisent toujours. Donc cela ne met pas à l’abris d’avoir des trucs qui sentent la naphtaline !

      Je confirme cela, mais il y a souvent la recherche de remplaçants activement développés compatibles avec les logiciels morts en amont pour éviter les mauvaises surprises.

      1. Pour les logiciels qui sont rustinnés sur plus que 2 ou 3 générations -> va faire un tour sur les dépôt de Debian.

        Les applications qui supportent d’anciennes versions ne sont pas rares:
        – Le noyau linux -> https://www.kernel.org/
        – Samba 4.8, 4.9, 4.10, 4.11
        – Python
        Python 3.5 septembre 2019
        Python 3.6 décembre 2021
        Python 3.7 juin 2023
        Python 3.8 octobre 2024
        (sans parler de Python 2.7 qui est encore supporté jusqu’à la fin de cette année)

        – QGis supporte plusieurs versions en parallèle, Blender également, OpenSSL, …
        – Toutes les applications qui offrent des versions LTS

        En fait la plupart des applications destinées aux profesionnels donnent du support sur plusieurs versions en parallèle.

        1. Ah, Debian, l’alpha et l’oméga des distributions GNU/Linux, c’est bien connu 🙂

          Pour le noyau Linux, les seules versions supportées sont les LTS (3.16, .4, 4.9, 4.14 et 4.19) et la courante.

          Ensuite, si les versions professionnelles ont des dépendances en dur pour une version donnée, c’est ennuyeux, car cela alourdit la charge de maintenance.

  5. avoir une forte certitude que les bugs que l’on peut rencontré à l’utilisation seront corrigés

    Je ne suis pas sur de cet asserssion. Il y a un bug connu dans Firefox depuis 2001, et qui n’est pas toujours corrigé. Heuresement qu’il y a généralement des solutions proposées par la communauté.

    Je cite l’auteur de l’article,

    Btw, thanks Mozilla for ignoring the reported bug FOR FUCKING 17 YEARS!

    https://www.mkammerer.de/blog/gtk-dark-theme-and-firefox/

  6. Perso j’ai toujours rapporter les bugs au développeur , sa me paraît logique surtout si ont utilise un environnement moin utiliser , parfois un programme tourne bien sous gnome mais va déconner ou refuser de se lancer sous KDE…
    Temps que le programme est maintenu je l’utilise a volonté !

  7. Adrien D avait déja tous résumé dans une vidéo ou il parlait de sont association ou lui et ces collègues installait des distributions pour les débutants,notez ce qu’il dit a un moment donné.il dit ( nous avons remarquez que l’utilisateur l’ambda ce fichait pas mal d’avoir les derniers logiciels installés tous ce qui l’intéressait en général c’est que cela FONCTIONNE LORSQU’ILS EN ONT BESOINS ) vous avez noté ? que cela fonctionne l’orsquu’ils en ont besoins, et c’est cela qu’il faut constamment gardé a l’esprit parce que…. j’entend bien bien qu’il faille gardé sa distribution a jour pour des questions de sécurités mai si c’est au risque de la faire explosé en plein vol et perdre ses donnés tous cela pour une course a la qui a la plus récente ( ou la plus grosse ) ce n’est vraiment pas térrible,pour finir je dirais deux chose d’une part il ne faudrait pas que ceux qui utilisent une distribution fix release de sentent discriminé par apport a ceux qui utilise une fix-release chacun est libre de faire ce qu’il veut comme sa lui chante l’éssentiel c’est qu’il s’éclate sous linux et d’autre part c’est a ce demandé si ce n’est le débutant qui est le plus raisonnable dans toute cette histoire parce-que lui au moins il ne se précipite pas et joue sur la prudance,bonne continuation fred.

  8. « Je suis en désaccord pour LibreOffice, surtout si tu as besoin de travailler avec des formats non ouverts. Dans ce cas, un LibreOffice plus récent et supportés par ses développeurs sera toujours une meilleure option. »
    Oui comme je te l’ai déjà dis libre office calc te pète en pleine tronche si tu installe une version instable et que tu as des formatages conditionnels dans tes documents comptables.
    Donc il est mieux de rester sur une version stable dans ce cas et ne pas faire la course à la toute dernière version qui au bout du compte te mettra en rogne.

    1. En ce mois de mai 2019, la version 6.1.x est la version dite stable. La 6.2.x est en mûrissement et sera la stable dans quelques mois.

      Archlinux et d’autres distributions proposent les deux versions, la stable et l’évolution.

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