Y a-t-il une forme d’anti-Redhatisme primaire dans le monde du libre ?

C’est une question dont certaines personnes diraient que c’est complètement exagéré au point d’insinuer que je dois fumer de la moquette… Manque de chance, chez moi, il n’y a que du linoléum 🙂

Il faut le rappeler, Red Hat est un des pionniers du monde du libre, né en 1994. Pour mémoire, c’est avec Slackware et Debian (toutes deux nées en 1993) une des distributions mères les plus anciennes encore en vie.

Ma première Red Hat a été la 5.0 alias Hurricane en 1996 qui apportait une énorme nouveauté, le noyau Linux 2.0. Depuis la naissance du projet Fedora en 2004 qui sert de base de test grandeur nature au duo Red Hat Enterprise Linux et son pendant communautaire CentOS qui fête ses 15 ans en ce mois d’avril 2019.

Autant dire que c’est un acteur incontournable qu’il est difficile d’ignorer. Mais j’ai pu constater depuis quelques mois une haine envers Red Hat. Que ce soit pour la guerre sainte des systèmes d’init, le serveur son Pulse Audio (qui était au départ une sombre daube mais qui est désormais surpuissant et fonctionnel), Wayland successeur du vieillissant X11 (né au milieu des années 1980), tout est bon pour casser du sucre sur le dos de Red Hat.

J’ai déjà évoqué dans un article du 2 avril 2019 les mésaventures de certains logiciels par rapport à l’évolution technologique.

En parlant de Synaptic qui n’arrivent pas à démarrer avec Wayland, je disais ceci :

[…]La principale raison invoquée ? L’impossibilité de lancer Synaptic avec Wayland. Bug ouvert en 2016. De mémoire, Gnome propose d’utiliser la session Wayland par défaut depuis… Gnome 3.22 avec la Fedora 25. Même s’il a fallu bien attendre encore une ou deux versions pour être tranquille. Donc on va dire Gnome 3.26, ce qui remonte à septembre 2017…

Bref, même avec un cycle de vie de deux ans, il était prévisible que Synaptic soit un jour avec la tête sur le billot. Pour information, le code n’a plus évolué depuis… début 2017, dixit la page launchpad du projet.

Autant dire que le logiciel est plutôt au ralenti depuis environ deux ans. Mais ce ne sera sûrement pas le seul logiciel qui risque de souffrir d’une popularisation croissante de Wayland, que ce soit avec Gnome ou d’autres environnements. Je pense aussi à OBS Studio ou encore Simple Screen Recorder.[…]

Il est facile de dire que Wayland n’est pas suffisamment mature. Mais qui a développé durant deux ans environ un concurrent sous le nom de Mir, faisant perdre du temps aux créateurs de logiciels ? C’est Canonical, non ?

Est-ce de la faute de Red Hat si Synaptic est à l’abandon depuis 2 ans ? Dans le même genre d’idées, est-ce la faute de la firme au chapeau rouge si un outil comme pyRenamer n’est plus développé depuis 2008 et qu’il est codé dans une version de python dont la mise à mort est annoncée pour janvier 2020 ?

Il faut arrêter de chercher un bouc émissaire. On ne pourra pas bloquer éternellement l’évolution technique.

Certains logiciels finiront pas ne plus être fonctionnel à terme et les mainteneurs de distributions qui sont souvent des personnes responsables – sinon elles ne feraient pas ce travail – ne virent pas de gaieté de coeur certains logiciels.

Accuser Red Hat de tous les maux possibles et imaginables, c’est puéril. Même si je n’apprécie pas Red Hat pour certains logiciels comme cette purge de SELinux, on ne peut pas ôter le fait que la firme au chapeau rouge n’a pas pour habitude de faire cavalier seul.

Les faits restent les faits… Après, si certaines personnes préfèrent la facilité de considérer que Red Hat est le bouc émissaire parfait, libre à elles. Mais je considère que c’est une bêtise pure et dure qui ne fait pas grandir le monde du logiciel libre.

15 réflexions sur « Y a-t-il une forme d’anti-Redhatisme primaire dans le monde du libre ? »

  1. Plutôt d’accord avec le ton général de cet article
    Ne pas oublier que RH est contribueur par le biai de tout un tas de sponsoring d’énormément de logiciels qui seraient peut être mal en point à l’heure actuel voire pire
    Concernant SElinux, je vois pas trop ou est le problème, ça a été pondu suite à une demande de la NSA, ça fait du Multi-Level Security plutôt bien, et c’est en mode « permissif » par défaut. C’est là, ça gène pas, mais c’est là … 😉

  2. C’est surtout francophone cette haine je trouve (même s’il y a des anti Red Hat partout).
    En France chez les « pro » Red Hat est mal vu même chez les sysadmins alors qu’ailleurs c’est la référence.

  3. Pendant que des gus se décarcassent à écrire des lignes de code l’utilisateur moyen s’arrête toujours en 1er lieu à l’impression générale et c’est clair que l’emballage au 1er abord est le plus important contrairement à ce que disait le grand gourou et philosophe de chez Buitoni et qui disait : « Ce qui compte, c’est ce qu’il y a dans la boîte ! « .

    Ubuntu violet et le forum marron, beurk. (Refonte du site en cours)
    Manjoro en vert vomi pas mieux.

    Trouvez une belle couleur ! Bleu ou noir Windows ? … je fuis ! 😉

  4. J’ai eu la chance, comme toi, de commencer sur Red Hat et Mandriva en 1999. Les innovations viennent du monde Red Hat et surtout de Fedora. Travailler dans ce monde, c’est faire le choix d’avoir un coup d’avance par rapport à des sysadmins qui travaillent sur Debian en version stable.

    1. J’ai été « dépucelé » linuxiennement parlant par Slackware, puis j’ai connu Red Hat à l’époque de la version 5.0 que j’avais acheté à l’époque.

      Fedora est un laboratoire pour nombre de technologies qui sont adoptées par la suite par le reste du monde libre.

  5. Mir n’est que la résultante de l’entêtement des dev de wayland. Au départ, canonical participait au dev de wayland. Ca a buté sur la couche d’affichage android à l’époque.

    Depuis, on sais tous que Ubuntu a pris la route de la déshérence puisque canonical se focalise exclusivement sur l’iot et les serveurs/cloud.

    J’ai un serveur sous ubuntu depuis une décennie et j’en suis extrêmement satisfait.

    Mais je pense que dans le monde du libre il y a une forme de déni concernant les attentes des utilisateurs.

    Pourtant ils y a eu moult essais qui se sont toujours heurtés à la communauté. On dit souvent que l’histoire est une source d’enseignement. Concernant Linux, le passé devrait montrer qu’il est vain de faire des efforts dans certains domaines.

    1. Mir n’est que la résultante de l’entêtement des dev de wayland. Au départ, canonical participait au dev de wayland. Ca a buté sur la couche d’affichage android à l’époque.

      Mir a été ensuite un produit de l’effet cavalier seul qui a donné des fiascos comme Unity ou encore Upstart.

      Depuis, on sais tous que Ubuntu a pris la route de la déshérence puisque canonical se focalise exclusivement sur l’iot et les serveurs/cloud.

      En chiant au passage sur les personnes qui lui ont permis de percer, les utilisateurs bureautiques.

      Mais je pense que dans le monde du libre il y a une forme de déni concernant les attentes des utilisateurs.

      Ah, la coupure entre les développeurs qui oublient qu’ils ont été aussi des utilisateurs au départ et la masse des utilisateurs n’est plus à prouver.

      Pourtant ils y a eu moult essais qui se sont toujours heurtés à la communauté. On dit souvent que l’histoire est une source d’enseignement. Concernant Linux, le passé devrait montrer qu’il est vain de faire des efforts dans certains domaines.

      Si certains développeurs sortaient un peu de leur monde de code, ça irait mieux.

    2. @Xarkam

      La question est de savoir qui sont les utilisateurs. Nous, les professionnels, ou eux, les béotiens ? Poser la question, c’est avoir la réponse.

      @Fred

      SUSE est un fork de Slackware. J’ai beaucoup utilisé SUSE et openSUSE.

      1. @Denis, pour moi, un utilisateur ce n’est pas une personne avertie dans le domaine informatique comme nous autres.

        @Fred, je pense surtout que canonical à chié sur les dev par ce qu’au bout d’un moment, c’est usant de toujours devoir se battre contre des personnes réfractaires à l’ouverture de leur petit monde de geek.
        Unity était un très très bon shell. Une puissance d’utilisation qu’aucune distrib n’apporte.
        Tout le monde n’a vu que le côté lourd de unity. Personne ne s’est posé la question si cette lourdeur n’était pas non plus causée par les dev de gnome ne voulant pas des patch pour Unity.

        Personne ne voulait d’Unity, sauf l’énormissime masse des utilisateur d’Ubuntu.

        J’ai depuis longtemps abandonné l’idée de faire du libre pour le desktop linux. Ca n’a aucun intérêt sauf celui de se faire moinser par la communauté. Ce que je fait se destine aux serveurs linux et celui qui veut l’utiliser sur du desktop devra se démerder.

        En plus je fait du C# et même si ce dernier est devenu totalement libre et se trouve sur github, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec la majorité de connards qui vogue dans les divers communautés du libre par ce que c’est un langage d’origine Microsoft.

        Il y a ceux qui reste rétrograde et les autres. Je préfère faire partie des autres.

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