Le monde du libre actuel part en couilles ? Épisode 5 : ah, la fausse bonne idée de l’OEM…

Après un épisode consacré à Youtube, venons-en à la fausse bonne idée qu’est de proposer des ordinateurs pré-équipés de distributions GNU/Linux. L’épisode 5 approfondira un point survolé ici qui fait que l’OEM à base de GNU/Linux se cassera encore longtemps les dents.

Dans une bonne vidéo, mon camarade vidéaste Adrien LinuxTricks parlait du projet Manjaro SX et des limites liées à ce projet que vous trouverez ici : https://www.youtube.com/watch?v=gaCnJZk4kzs

Il aborde les problèmes liés à l’utilisation des distributions en rolling release pour de l’OEM. Ma seule remarque est qu’il y a un oubli de sa part : Manjaro Linux propose régulièrement des images ISO d’installation.

En dehors de celà, je suis entièrement d’accord, ne serait-ce que pour les mises à jour qui deviennent rapidement assez consistantes. Sans oublier l’absence d’une partition de récupération.

Cependant, je pense qu’Adrien a oublié quelque chose, c’est que cela concerne toutes les distributions GNU/Linux au final, même les LTS. J’ai décidé de prendre la LinuxMint 18.2 en édition Mate-Desktop, et je lui ai demandé de s’installer en mode OEM.

Une fois l’installation terminée, je suis dans une session pour OEM. Bien évidemment, un OEM responsable se débrouillera pour proposer une version contenant toutes les mises à jour pour que la personne qui achète l’ordinateur puisse l’utiliser dès le premier allumage sans avoir besoin de poirauter plusieurs minutes voire plusieurs heures avant de pouvoir travailler sur son équipement.

Au moment où j’ai rédigé ce billet, j’ai pu apprendre la présence de quelques 67 mises à jour. Si la moyenne mensuelle d’une trentaine de mises à jours reste constante, au bout d’un an, on arrive à 360 mise à jour à effectuer. Autant dire que la restauration au bout d’un an en cas d’ennuis, ça fera mal à la connexion réseau :/

Cela pourrait être pire en cas de changement de version – par exemple d’une 18.2 vers une 18.3… Je n’ose même pas imaginer le cas d’un saut vers une version majeure, étant donné que LinuxMint suit le rythme de publication des versions LTS de Canonical… Et comme la Ubuntu 18.04 LTS sort en avril 2018…

J’ai donc décidé de voir ce que donnerait une rolling release en OEM au bout d’un an, et comparer le résultat avec une fixed release.

Même si les estimations pour la fixed release sont extrapolées, le constat est intéressant : que ce soit une fixed ou une rolling release, le principe d’une distribution GNU/Linux en OEM, c’est pas la joie 🙁

Ce qui découle du point abordé avant la vidéo, c’est de savoir sur 100 ordinateurs vendus pré-équipés d’une distribution GNU/Linux à la place du monopolistique MS-Windows, combien finiront à terme avec l’OS de Redmond ?

Une version installée par le petit neveu ou le petit cousin qui dira : « Tu vois bien que Linux c’est de la merde ! Tu ne peux rien faire avec… »

C’est sur ce point concernant le manque d’applicatifs utilisables et ergonomiques qui sera abordé dans le sixième article de la série, consacré à ce qui est réduit à quantité négligeable, l’utilisateur « Michu ».

Allez à la prochaine pour la suite de la série 😉

15 pensées sur “Le monde du libre actuel part en couilles ? Épisode 5 : ah, la fausse bonne idée de l’OEM…”

  1. On peut même ajouter W10 dans la liste des systèmes qu’il ne vaut mieux pas pré-installer sur les PC, et pour cette même raison.
    En effet, une nouvelle version de cet OS sort tous les 6 mois environ. La prochaine arrive le 17 Octobre.
    Si une personne achète un PC avec un W10 pré-installé et que ce n’est pas la dernière version en date, il en aura au bas mot pour plus de 3 Go de téléchargement de la nouvelle version !
    Charmant pour celui qui a une connexion en mousse ( ce qui est le cas de pas mal de personnes dans ma famille, tout le monde n’a pas le VDSL ou la fibre )
    Bref, Mme Michu n’a pas fini de péter les plombs devant son PC avec une connexion internet devenu inutilisable car tout sera bouffé par cette affaire.

  2. Tu as lu le commentaire de « Serge » avec la vidéo de Adrien ? Apparemment ils ont une procédure (très) particulière :
    « …un script collecte tous les paquets installés par l’utilisateur depuis l’installation, rapatrie le répertoire personnel sur un des serveurs de StationX … »

    1. Je n’avais pas lu ce commentaire… Le tout est de savoir si StationX sera viable sur le long terme pour assurer un tel support.

      Et cela, c’est pas dit, surtout avec une entreprise née en juin 2007 :

      https://suite.endole.co.uk/insight/company/10828315-station-x-systems-limited

      Qui a pour tout capital social annoncé la somme mirobolante de… 100£ ; cf la section Shareholders de la page ci-dessous :

      https://www.companysearchesmadesimple.com/company/uk/10828315/station-x-systems-limited/#people

  3. ‘LLo,
    Alors que quelque distros tentent déjà d’employer la même méthode grosso-merdo que celle qui a permis à la redmondie d’occuper 90 % du parc mondiale de babasses en trois décades & que l’on pourrait donc appeler du « partage lié » ;-), voilà qu’une rolling s’y met !
    En annonçant la couleur qui + est, du coup tous les contre-arguments avec du Mam’Michu dedans me semblent hors de propos, sinon il va falloir sérieusement redéfinir le mot « nerd » !
    A un prix conséquent qui + est , ce qui renforce amha ce qui précède car logo « lazerisé » sur le capot & une touche dédiée à autre chose qu’à la redmondie plutôt que babasse d’hyper d’entrée ou de moyenne gammme, mais je m’égare..!
    Maintenant, pour ce qu’il se passera dans un an, j’espère qu’un « nerd » digne de ce nom aura pris soin de la distro, voire dupliquer & conseillera à son p’tit neveu ou cousin un brin moqueur de retourner jouer avec son « bracelet électronique » intelligent…
    & pour finir, l’argument d’Adrien pourtant amateur/utilsateur (?); « le seul inconvénient d’une release, c’est qu’il faut la mettre à jour régulièrement », c’est pas un peu comme l’eau qui mouille, pfuuu..?

    1. Bonjour Fred : les communautés linux c’est un peu comme dans le voyage de gulliver et la guerre des oeufs : Faut-il ouvrir un œuf à la coque par le gros bout ou le petit bout ? Telle est la question qui opposa pendant des lustres deux îles voisines peuplées de gens ne mesurant qu’à peine quinze centimètres mais dont la petite taille ne les rendait pas moins belliqueux.

      Dans ces royaumes composés des îles Lilliput et Blefuscu, les habitants avaient l’habitude de manger leurs œufs à la coque en les ouvrant par le gros bout. Jusqu’au jour ou un enfant de la lignée royale des Lilliputiens se blessa en cassant un œuf par son extrémité la plus large.
      Affolé, le monarque régnant fit paraître un décret ordonnant que dorénavant, les œufs seraient entamés par le petit bout.
      A Blefuscu, on ne l’entendait pas de cette oreille. La nouvelle loi déplut beaucoup et elle fut à l’origine de la guerre entre les anciens (gros boutiens) et les modernes (petits boutiens).
      Des lunes et des lunes passèrent et l’on déplora des dégâts considérables dans les deux camps.

  4. A moins que j’ai loupé un truc, je ne vois pas la différence avec Windows OEM… L’utilisateur doit aussi se taper une série de mises à jour en fonction de la « fraîcheur » de l’image. En quoi est-ce une problématique spécifique au libre ?

    Aussi pour tempérer les choses, le calcul 360 mises à jour est biaisé: ce sont souvent les mêmes applications qui sont mises à jour et il n’est pas nécessaire d’installer chaque version intermédiaire (sans parler du fait que les systèmes modernes travaillent avec des deltas afin de limiter la quantité de données à télécharger).

    Pour ma part, je me souvient du moment où ils ont arrêté de livrer des CD/DVD de restauration avec les ordinateurs portables (et avant les partitions de restauration): Quand on lançait la machine la première fois, elle proposait de créer les DVD de restauration, il en y avait 4 et le programme écrivait à la vitesse de 1x afin de limiter le risque d’erreur). Cela avait pris près de 5h après quoi il a fallu se taper les mises à jour de windows, de l’antivirus qui a voulu faire un scan complet de la machine et finalement il a fallu retirer les « crapwares » et installer les applications de base (dont une installation de ms-office depuis les CD).

    Bon c’est vrai que ca remonte à 7 ans, mais c’était bien pire que le problème évoqué ici et ça n’a pas freiné le développement du marché de ordinateurs portables.

    1. Pour les mises à jour : j’ai précisé dans la vidéo que c’était une estimation, je l’ai même dit plusieurs fois. L’utilisation de delta ne changera pas grand chose au nombre de mises à jour à installer, juste la taille à récupérer 🙂

      Quant à l’arrêt de la disponibilité des supports de stockage tiers, cela a été remplacé par une partoche de restauration, ce qui est casse gueule en cas de disque dur / SSD abimé par le temps ou touché par un logiciel malin du genre rançongiciel.

  5. O_ops !, trop vite écrit, pas relu, il fallait lire:
    « le seul inconvénient d’une rolling-release, c’est qu’il faut la mettre à jour régulièrement »
    Mais vous aviez certainement déjà rectifié, bande de nerds..! 😉

  6. Oui il y aura des mises a jour, mais n’est ce pas le cas avec windows?
    Quand j’ai eu windows XP, j’ai connu pack1, puis le 2 et enfin le trois, je peux dire que même regroupé en pack ça faisait beaucoup à télécharger.

    Je parle même pas de windows 10.

  7. J’avoue ne pas trop comprendre, du moins vis-à-vis des autres points de cette série de billet, le problème. Comme beaucoup l’on souligné ici, un système ça se met à jour. Sauf à dire que l’on ne va jamais sur internet, et que l’on a pour ainsi dire jamais de contact extérieur à la machine. Ce qui arrive. Il s’ensuit que le commun des mortels doit mettre à jour, et que pour de multiples raisons il le fait trop peu. Que ce soit Windows ou Mac, on a une mise à jour majeure tout les six mois, plus des patchs correctifs (pléonasme) tout les mois si ce n’est plus. J’avoue ne pas voir en quoi cela serait un désavantage particulier et propre à l’univers de Linux.
    En fait, Windows, et ils ont de bonnes raisons de faire ainsi, se met à jour sans guère le dire à l’utilisateur, et sans détailler ce qui est mis à jour. En plus le système est décentralisé en ce sens qu’il faut mettre à jour indépendamment tout les logiciels non-Windows. Du coup, ce processus est une boite noire allégée, quand sous Linux on vous dit tout. Notez que le système d’Apple, 15% des ordinateurs quand même, est plus proche de Linux que de Windows en la matière.

    Alors, il est vrai que c’est très génant dans le cas des rolling release, alors qu’une debian, ou ubuntu (LTS bien entendu), peu normalement s’affranchir partiellement de ce souci de mise à jour en ne procédant qu’à des mise à jour minimes entre deux versions majeures, et que ces dernières sont espacées dans le temps.

    Là où tu as raison, c’est que les gens se serviraient à coup sûr de ce genre d’argument pour vouloir passer leur OEM Linux sous Windows, mais ils utiliseraient celui-là ou un autre de toute façons, et même en dehors du cas OEM.

    Il me semble que ce qui est à questionner ici, c’est plutôt le support, et la validité à long terme de ces fabricants d’ordinateurs sous Linux. Quel est le niveau de support proposé par StationX, par System 76 ou tous les autres ? Seront-ils encore en vie dans un an, dans deux ans ? Car l’OEM ici à deux intérêts pour l’acheteur. D’une part la certitude (théorique) que le système d’exploitation Linux fonctionnera sans soucis aucun dès le premier démarrage (pas d’installation à faire soi-même), d’autre part qu’il n’y aura pas de soucis de compatibilité matérielle ou logicielle pendant quelques années, car ils prendront soin de proposer les logiciels et microgiciels ad hoc et à jour. C’est là qu’est la plus-value potentielle. Franchement, de là à la grande surface, il y a un pas énorme. Personne aujourd’hui n’achète un OEM Linux s’il n’est lui-même linuxien. In fine, c’est au constructeur de s’assurer que les mises à jour majeures se passent bien chez ses acheteurs, c’est ça leur avantage potentiel. Et c’est là qu’on peut douter. Et il est indéniable que c’est plus facile à faire sur des fixed release.

    Notez, je pense que l’on fait quand même un peu trop de mise à jours. C’est particulièrement notable dans le cas des jeux vidéos, où on se sert de ce système pour corriger des choses qui n’auraient jamais dû sortir en version finale. Ce travers est en train de contaminer le reste des logiciels. Mais c’est un problème de programmeurs, pas de fabricants. Soyons net, sauf à vouloir des machines figer, bridées pour ne pas être mise à jour, ce n’est pas les fabricants qu’il faut accuser.

    Le reste après coule de source : il serait bon de proposer des partitions de récupération, voir — soyons fous — des clés usb ou des cd inclus dans l’achat (ainsi que des manuels plus complets)… Ça ressemble, mais je suis peut-être très généreux, à du défaut de jeunesse de la part des constructeurs. Ils n’y ont pas encore pensé et sont en plus dans l’idée, plutôt juste, que leur public est expérimenté et donc sait déjà tout cela. D’ailleurs, c’est cette même explication qui explique, sans justifier pour autant, les prix aussi élevés des machines OEM sous Linux (ça et le peu d’économie d’échelle possible).

    Pour synthétiser, je pense que l’existence de ces OEM est plutôt bon signe, cela veut dire que la communauté et l’ensemble d’application sont plutôt mûrs. Le problème des mises à jours étant consubstantiel à l’informatique actuelle. Mais pour autant, il reste la question de la qualité de ces constructeurs, et le côté un peu idiot de procéder ainsi pour des rolling release.

  8. ‘LLo,
    Pour le côté hardware, si j’ai bien tout suivi, on a affaire a du Clevo à la base (j’écris avec ça en ce moment) & les éventuels soucis avec le distributeur anglo-saxon pourrait comme déjà dit être sa pérennité d’abord & d’éventuel dommages collatéraux du Brexit (?). Mais la babasse existerait toujours quelque part, en tant que telle…
    Pour le côté « rolling », il y a quand même plusieurs solutions dispos pour le problème d’une remise en marche à jour en cas de crash, par ordre croissant de difficulté:
    – La prudence d’abord car il y a suffisemment d’activité/retours sur les forums idoines de la part des impatients/aguerris pour prendre son temps (c’est pas comme si on était à deux/trois jours près pour la survie du système..!)
    – La duplication régulière-> clonezilla & friends
    – La virtualisation (pour essai de maj à blanc avec ses limites…)
    – le dual-boot -> système de secours
    – Le build d’image OEM à jour avec les outils maison (?), si elle n’arrivent pas toutes seules à terme…
    Tout ça pour dire que, la typiquement redmondienne partition de restauration évoquée comme planB, mais jamais à jour & de moins en moins dans le temps n’est pas, amha, une solution adaptée à une « rolling ».
    Quand au /home dans un nuage britannique évoqué + haut, je ne sais trop quoi en penser, mais demi-pfuuu..!)

    1. Salut,

      « Quand au /home dans un nuage britannique évoqué + haut, je ne sais trop quoi en penser, mais demi-pfuuu..!) »

      Je ne suis même pas sur que ce soit légal…. Si l’utilisateur n’est pas avisé de cela.
      De toute façon, les fabricants, veulent des entreprises comme partenaire. Aussi bien sur un plan contractuel, que sur celui du support. Le contractuel, permet de rassurer le service juridique de la boite…. 🙂

      Prenons comme exemple, la branche « LTS » de Debian, qui a des difficultés pour trouver le financement nécessaire, et pourtant, Debian, n’est pas un petit projet.

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