Le libre choix du prix, un piège à terme pour l’auto-édité(e) sur Kindle et Kobo ?

Alors que je suis en train de me régaler avec les oeuvres d’Olivier Saraja ou le premier livre d’Arnaud Codeville, j’ai constaté, après une remarque d’Agnès de Destination Passions, un lent glissement du prix du livre électronique. De la norme 0,99€, on semble glisser lentement vers une généralisation du 2,99€.

Après une réflexion rapide, j’ai enregistré la vidéo ci-dessous qui explique partiellement le glissement vers le prix de 2,99€, quelque soit la longueur de l’oeuvre proposée.

Je ne considère pas que la longueur du livre soit un gage de qualité. Il faut se souvenir qu’au 19e, les auteurs étaient payés à la ligne, ce qui nous a donné les naturalistes avec des descriptions allant jusqu’au poil de fesse de chaque personnage.

Cependant, il y a des limites qu’il faut savoir respecter. Quelque soit la qualité d’un livre, il est difficile de justifier le paiement de 2,99€ quand il n’y a que 100 pages à lire.

Ouvrons une parenthèse musicale. Trouveriez-vous acceptable de payer un EP (5 titres) d’une petite demi-heure aussi cher qu’un album LP (6 titres et plus) de 70 à 80 minutes ?

Fermons cette parenthèse. Je trouve difficile de payer le même prix pour un bouquin de 250 pages qui n’est pas du remplissage que pour un bouquin deux fois plus petit.

La personne qui écrit un roman ou un recueil de nouvelles est libre de choisir son prix. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a un élément à prendre en compte : le budget culturel n’est pas extensible à l’infini.

On entend régulièrement les grosses écuries de l’édition se plaindre des faibles ventes de l’électronique, avec un bilan mitigé comme le rappelle cet article. Il est vrai que vendre un livre électronique 15€ et son pendant papier 17€ n’aide pas vraiment.

Il faut savoir respecter un équilibre entre le prix qu’on peut en tant qu’auteur(e) demander et ce que les personnes voulant lire accepteront de payer.

Bien entendu, il est plus intéressant d’avoir 70% de retour sur le prix hors taxe que 35%. Mais à force de vouloir être trop gourmand(e), on finit par se retrouver sans la moindre vente ou des ventes en demi-teinte.

Chaque auteur(e) est libre de choisir son prix de vente. Mais ne venez pas vous plaindre si certaines personnes trouvent indigeste le prix que vous choisissez. En tant que lecteur, mon barème est le suivant :

  • En dessous de 100 pages : 0,99€, sachant que c’est le prix minimal imposé
  • 100 à 200 pages : 1,99€ maximum
  • Au dela de 200 pages : 2,99€

Après chaque personne trouvera son barème idéal. Si l’auto-édition et les indépendants veulent s’en sortir, ils n’auront pas d’autre choix que de respecter une échelle de prix de ce genre.

Enfin, je dis ça, mais je ne dis rien… Mais j’ai toujours trouvé intéressant de voir comment des industriels ou des indépendants ont tendance à se faire seppuku à la tronçonneuse 🙁

6 réflexions sur « Le libre choix du prix, un piège à terme pour l’auto-édité(e) sur Kindle et Kobo ? »

  1. Même si je suis d’accord sur le fond, il y a aussi un élément psychologique à prendre en compte : on a tendance à accorder plus de valeur à ce qui est plus cher. La difficulté, quand on n’a pas d’études marketting sur lesquelles se baser, est de trouver le bon prix psychologique. Déjà bravo pour les 99 centimes… y’a de ça 😀

    Je me souviens qu’il y a quelques années, un prix qui semblait « correct » pour un roman en epub était entre 3 et 5€ (avec une préférence sur les chiffres impairs, va savoir pourquoi). Aucune chance que je retrouve l’étude et ma mémoire a sans doute déformé tout ça… Mais en gros, si le roman était en dessous de 2€, ça voulait dire qu’il ne « valait rien » et donc les gens l’achetaient moins que s’il était à 3€. C’est sympa pour Alexandre Dumas et compagnie, dont les œuvres passées dans le domaine public depuis longtemps sont accessibles gratuitement !

    Cette histoire de prix psychologique est assez utilisé dans le commerce pour augmenter les ventes. Oui oui, augmenter les ventes en augmentant sa marge… le monde est dingue.

    Tout ça pour dire : ça vaut le coup de faire des tests, et de ne pas raisonner uniquement au nombre de page. Et puis, quelques pages de très bon textes, bien travaillés, coûtent beaucoup plus d’heures de travail et de sueur à l’écrivain que du remplissage au kilomètre… Et c’est plus agréable à lire.

    Dans ces prix psychologiques, il faut aussi bien être conscient de la limite « haute » au-delà de laquelle tout le monde se diras « pfff c’est trop cher, faut pas me prendre pour une quiche ». Personnellement, je trouve que 5€ est la limite haute sur des formats électroniques. Mais ça ne représente que moi, y’a pas d’étude derrière ça 😀

    1. on a tendance à accorder plus de valeur à ce qui est plus cher. La difficulté, quand on n’a pas d’études marketting sur lesquelles se baser, est de trouver le bon prix psychologique.

      Le « si c’est gratuit, c’est de la merde ». Alors, en toute logique, il faudrait arrêter de respirer et uniquement pratiquer le sexe payant !

      Je me souviens qu’il y a quelques années, un prix qui semblait « correct » pour un roman en epub était entre 3 et 5€ (avec une préférence sur les chiffres impairs, va savoir pourquoi).

      J’ignore cela. Mais l’effet du quelquechose.99 est connu depuis longtemps.

      Tout ça pour dire : ça vaut le coup de faire des tests, et de ne pas raisonner uniquement au nombre de page. Et puis, quelques pages de très bon textes, bien travaillés, coûtent beaucoup plus d’heures de travail et de sueur à l’écrivain que du remplissage au kilomètre… Et c’est plus agréable à lire.

      Le nombre de pages est un premier facteur. J’ai pu voir une nouvelle de littérature qui se lit d’une seule main à 2,99€ pour 26 pages. Vol est-il un terme trop fort ? 🙂

      Dans ces prix psychologiques, il faut aussi bien être conscient de la limite « haute » au-delà de laquelle tout le monde se diras « pfff c’est trop cher, faut pas me prendre pour une quiche ». Personnellement, je trouve que 5€ est la limite haute sur des formats électroniques. Mais ça ne représente que moi, y’a pas d’étude derrière ça 😀

      Je suis d’accord avec ton prix, même si je monterai à 6€. Au delà, quelque soit la longueur, c’est trop cher. Ce n’est pas un question de remplissage, mais une question de respect de la personne qui a envie de lire.

  2. Quel sujet sensible tu abordes là Fred !
    En réponse à Zatalyz, je dirais que les études marketing ne sont pas forcément nécessaires pour se faire une idée du prix d’un livre. Un simple étude ou observation des prix du marché peut suffire.
    J’adhère totalement à ta vision des choses car trop fréquemment de nombreux auteurs surévaluent le prix de leur livre en se montrant gourmands dès le départ ce qui ne pourra que nuire à leur vente.
    Il ne faut pas que les auteurs se trouvent insatisfaits de leurs ventes en voyant de tels excès quand on sait que l’idéal est de récupérer par la quantité à un prix satisfaisant et s’accordant avec ceux du marché malgré les excès que l’on peut voir…..un 130 pages à 4,99€, un 210 pages à 7,50€ et encore tant d’autres exemples en plus de celui que tu cites.

  3. À titre personnel, en tant que lectrice, je suis d’accord avec toi. Du reste, je lis beaucoup en anglais, et je suis habituée aux prix globalement plus bas de l’édition anglophone, ce qui m’influence sans doute.

    Cela dit, par rapport au sujet en général, j’aimerais apporter deux réflexions. La 1e concerne l’exemple que tu as choisi : 2,99 euros pour 130 pages, c’est plutôt cher, mais ce n’est pas non plus complètement outrancier. À 130 pages, on est loin de la micro-nouvelle (plutôt dans la novella), et 2,99 reste un prix que la plupart des gens n’associent pas à la longueur d’un roman, mais à quelque chose de plus court. Si tu veux un exemple qui, pour le coup, m’avait réellement stupéfiée, je citerais la série Lacan et la boîte de mouchoirs, où chaque séance était vendue à 1,91 euro pour environ 17 pages. Tu vois qu’il y a de la marge…

    Et cela me permet une transition vers ma 2e réflexion : ce prix extrêmement élevé n’a pas empêché la série de rencontrer du succès. Et ce n’est pas une exception ni un cas isolé. Je suis éditrice de livres numériques; j’ai publié en tout une centaine de titres différents (incluant aussi bien des romans que des épisodes de séries et des nouvelles de diverses longueurs), donc je crois que l’échantillon est assez large pour être signifiant. Quand je me suis lancée, j’étais pleine d’idéaux; je voulais vendre à prix bas, à la fois parce que je suis moi-même une lectrice pingre et qu’il me semblait naturel de publier des livres que je voudrais moi-même acheter, et parce que j’espérais que cela me donnerait un avantage compétitif contre les éditeurs traditionnels qui vendaient leurs ebooks plus chers que les poche.

    Résultat des courses : plantage complet. Ma conclusion, chiffres à l’appui : les lecteurs/-trices numériques pour qui le prix est un facteur d’achat déterminant aiment se faire entendre (comme toi ;)), mais ils sont une infime minorité. La plupart des gens ne sont pas comme toi (ni moi); ils ne boycotteront jamais un livre parce qu’il est « trop cher » et ils ne laissent pas tenter par un livre juste parce qu’il n’est pas cher. Ils achètent ce qu’ils ont envie d’acheter, et si ça leur coûte 10,99 euros l’ebook, tant pis; au mieux, ils s’en plaignent dans un commentaire client, mais ils achètent quand même, et ils achètent le suivant pareil. Alors, pourquoi un éditeur (ou un auteur auto-édité) se priverait-il de cette manne? Un livre vendu 2,99 euros au lieu de 0,99, c’est trois fois plus d’argent pour le même nombre de ventes (même en négligeant la différence de pourcentage dont tu parles, qui, du reste, est en réalité plus mitigée que tu ne le dis). Et vu que le prix n’impacte pas le nombre de ventes (ou si peu… imagine perdre une cinquantaine de ventes, mais faire le triple sur les mille qui restent! ça vaut le coup, il n’y a pas photo).

    En affaires, il n’y a pas de principes ni d’idéaux qui tiennent; il n’y a que les chiffres qui ne mentent pas, et si tu es du genre à agir selon tes principes plutôt que selon les chiffres, n’entre pas en affaires, car tu vas te planter (comme je l’ai fait). Les libéraux veulent nous faire croire que le public est rationnel, qu’il sait reconnaître son intérêt et, donc, qu’il récompensera la personne qui lui fournira un produit ou service de qualité et respectueux, plutôt que celle qui se fout de sa gueule et l’entube à tous les coins de rues… Eh bien, c’est un mensonge. Mais je suis sûre que je ne t’apprends rien; vu tes centres d’intérêt, je pense que tu le constates assez dans ta vie de tous les jours. Pourtant, la conclusion de ton article est à l’opposé de la réalité constatée, à savoir qu’être généreux, ouvert, transparent, raisonnable, respectueux, modeste, ça ne fait pas vendre!! La plupart des gens préfèrent les trucs chers, fermés, malhonnêtes et abusifs : tu n’as pas encore remarqué?

    Cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner la lutte et renoncer à ses idéaux, juste que ces derniers ne s’imposeront malheureusement pas d’eux-mêmes, au contraire. L’augmentation du prix des ebooks en est la preuve. Cette tendance va se poursuivre à priori. Alors, que faire? C’est très marketing, mais peut-être que développer une sorte de certification pourrait aider à visibiliser les enjeux et à réunir les énergies : par ex, une étiquette dont on pourrait se prévaloir qui garantirait certaines exigences, de l’absence de DRM au respect d’une échelle de prix déterminée… On pourrait imaginer d’autres critères.

    1. Quelle commentaire fleuve. Je ne répondrai qu’à certains points.

      Si tu veux un exemple qui, pour le coup, m’avait réellement stupéfiée, je citerais la série Lacan et la boîte de mouchoirs, où chaque séance était vendue à 1,91 euro pour environ 17 pages. Tu vois qu’il y a de la marge…

      J’ai trouvé dans le même genre une nouvelle érotique de 26 pages à 2,99€ ! Pour un truc qu’on lit d’une main sur le trône de WC…

      Résultat des courses : plantage complet. Ma conclusion, chiffres à l’appui : les lecteurs/-trices numériques pour qui le prix est un facteur d’achat déterminant aiment se faire entendre (comme toi ;)), mais ils sont une infime minorité.

      Comme d’habitude.

      Un livre vendu 2,99 euros au lieu de 0,99, c’est trois fois plus d’argent pour le même nombre de ventes (même en négligeant la différence de pourcentage dont tu parles, qui, du reste, est en réalité plus mitigée que tu ne le dis). Et vu que le prix n’impacte pas le nombre de ventes (ou si peu… imagine perdre une cinquantaine de ventes, mais faire le triple sur les mille qui restent! ça vaut le coup, il n’y a pas photo).

      Encore faut-il faire mille ventes. Combien de livres – électronique ou papier – dépassent les mille ventes réelles ?

      Eh bien, c’est un mensonge. Mais je suis sûre que je ne t’apprends rien; vu tes centres d’intérêt, je pense que tu le constates assez dans ta vie de tous les jours. Pourtant, la conclusion de ton article est à l’opposé de la réalité constatée, à savoir qu’être généreux, ouvert, transparent, raisonnable, respectueux, modeste, ça ne fait pas vendre!! La plupart des gens préfèrent les trucs chers, fermés, malhonnêtes et abusifs : tu n’as pas encore remarqué?

      Si les gens sont cons, ou plutôt pas éduqués pour prendre en compte leur intérêt, c’est leurs problèmes pas le mien 😀

      Cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner la lutte et renoncer à ses idéaux, juste que ces derniers ne s’imposeront malheureusement pas d’eux-mêmes, au contraire.

      Aucun idéal ne s’impose réellement.

      L’augmentation du prix des ebooks en est la preuve. Cette tendance va se poursuivre à priori.

      Je pense qu’elle va vite se calmer. Il sera toujours difficile de justifier un livre électronique à 15€ pour une édition papier à 17 ou 18. Où sont les frais de papiers, d’encre, de colle, de carton et de pilonnage d’un bouquin numérique ?

      Alors, que faire? C’est très marketing, mais peut-être que développer une sorte de certification pourrait aider à visibiliser les enjeux et à réunir les énergies : par ex, une étiquette dont on pourrait se prévaloir qui garantirait certaines exigences, de l’absence de DRM au respect d’une échelle de prix déterminée… On pourrait imaginer d’autres critères.

      La disparition des DRM ? Je pense que je pourrai vivre centenaire qu’ils seront toujours imposés sur les ebooks… Et que les dits DRM sauteront en 5 minutes avec l’outil qui va bien.

  4. PS/Erratum : Après réflexion, je pense m’être trompée sur le prix que j’ai cité. Il est possible que ce n’était « que » 1,10 euro. Mais, quand même, 17 pages!

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