L’avenir de la musique enregistrée passe-t-il par des sites comme Bandcamp ou encore Jamendo ?

La génèse de cet article est à imputer en partie à Péhä, auteur du blog « les p’tits dessins de Péhä ». Dans un article assez ancien, j’avais déjà utilisé une de ses oeuvres, où il m’avait bien croqué soit en passant 🙂

Ce matin, il m’a envoyé un courrier via la framasphere* – réseau encore plus désertique que Google plus, c’est dire – avec le lien vers un dessin qu’il avait fait pour Unfamous Resistenza, se basant sur une citation d’Alan Lomax. Je dois dire que Péhä a visé dans le mille, car la citation colle bien à ma vision de la musique.

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Si le dessin ci-dessus n’est pas suffisamment lisible, voici ce que dit la citation de l’ethno-musicologue américain décédé en 2002 :

Nous avons maintenant des machines culturelles si puissantes, qu’un chanteur peut atteindre n’importe qui dans ce monde et faire que tous les autres chanteurs se sentent inférieurs à lui parce qu’ils ne sont pas comme lui.

Une fois qu’il est lancé, il est supporté par tant d’argent et tant de pouvoir, qu’il devient un monstrueux envahisseur venu de l’espace, écrasant ainsi toutes les autres possibilités de l’Humanité.

Ma vie a été consacrée à s’opposer à cette tendance.

Je tiens à préciser que je rédige cet article en écoutant le CD fraichement acheté auprès des Compagnons du Gras Jambon, dont j’ai parlé dans un précédent article.

Comme je l’ai dit un peu plus haut, je suis entièrement d’accord avec cette citation d’Alan Lomax. Il suffit de voir les rouleaux compresseurs qui monopolisent les ondes radio, le média de masse en lente perte de vitesse (la télévision), ou encore des sites de vidéos comme Dailymotion ou Youtube.

Depuis que je connais Bandcamp – je me souviens plus comment j’en ai entendu parlé – mes achats en terme de groupes et d’artistes commerciaux soutenus par des monstres de battage médiatique comme Universal, Warner ou Sony se sont réduits comme peau de chagrin.

Mis à part l’envie de compléter la discographie de certains groupes qui ont marqués la deuxième moitié du XXe siècle, à savoir des monstres comme Pink Floyd, les Beatles, Led Zeppelin, Genesis (époque Peter Gabriel), Iron Maiden ou encore Deep Purple (époques Mark 2 et 3), je n’achète plus aucun artiste ultra-médiatisé. Sans oublier des artistes français ou francophone comme Jacques Brel ou encore Léo Ferré.

Les seuls contre-exemples ? Les réalisations du groupe Blackmore’s Night, les productions de Steven Wilson. Tout le reste, à savoir 80 à 85% de mes achats sur l’année ? Des petits groupes et des artistes que j’ai pu trouver via Bandcamp ou via le « bouche-à-oreille » comme pour Cortesia ou encore Maz Plant Out.

C’est un site qui m’a redonné envie d’écouter de la musique et de me plonger dans des domaines que je n’aurais pas effleuré auparavant, comme la folk médiévale, le black metal à chant féminin (ah, Myrkur), ou encore certaines tendances du Jazz, comme le Jazz-Rock.

Évidemment, cela demande un peu de temps pour trouver la pépite qui fera dire : c’est un album que j’ai envie d’acheter. Comme partout, il faut savoir trier le bon grain de l’ivraie. C’est vrai qu’il est plus facile de prendre du prémâché qui envahit ce qu’il reste dans les rayonnages des grandes surfaces culturelles.

Avec la paranoïa croissante des industries de l’inculture musicale, il est maintenant impossible ou presque d’écouter un album en entier avant de se décider à passer ou non à l’acte d’achat.

Sur ce plan, des sites comme Bandcamp ou Jamendo sont respectueux des mélomanes et autres lisztomaniaques. C’est un retour à des espaces où la personne peut acheter en toute connaissance de cause, et non pas uniquement car c’est un phénomène de mode et qu’il faut posséder l’album à tout prix.

Pour moi, des sites alternatifs comme Bandcamp sont un avenir possible de la musique enregistrée, où tout le monde est gagnant. Ce qui change vraiment du modèle classique qui est celui du trio infernal et de ses faux nez que sont les petits labels soit disant indépendants.

Maintenant, la balle est dans votre camp. Bonne musique 🙂

14 réflexions sur « L’avenir de la musique enregistrée passe-t-il par des sites comme Bandcamp ou encore Jamendo ? »

  1. Une bien belle réflexion sur la machine à fric de l’édition musicale. A l’instar des OS libres comme GNU/Linux , il faut du temps, un peu de connaissance, l’esprit curieux et bien sur une oreille pas trop en cuir pour apprécier de la musique quelle-qu’elle soit…. C’est là que le bât blesse. Nous avons nos préoccupations, courons après le fric pour nos factures, et baignons dans une cacophonie syncopée à tout les niveaux depuis la télé en passant par nos autoradios jusqu’à nos réveil-matin. Ce brouhaha est évidemment orchestrée par les chefs de produits, c’est comme ça qu’on appelle les directeurs artistiques aujourd’hui, et notre cerveau fini par accepter; du coup on fini par s’endormir sur ces standards « musicaux » et on use et abuse de youtube &co. Moins de temps pour fouiller dans dogmatic ou bandcamp….
    C’est un dur combat.

  2. C’est exactement l’idée que j’avais pour mon prochain article 🙂 certes pour l’instant je n’ai acheté qu’un seul album, mais les découvertes que tu partages mois après mois me mettaient l’eau à la bouche sans pouvoir concrétiser faute de budget. Ma wishlist va grossir doucement, dans les prochains mois je vais m’atteler à reprendre l’habitude de payer ma musique. En étant aussi sûr qu’au moins l’artiste/groupe touche plus que quelques centimes par achat…

  3. Frédéric la nouvelle version de PC-BSD est sortit allez vous la tester ? je voudrais bien savoir ce que vous en pensez ( et petit conseil choisissez XFCE )

  4. Question musique je suis plutot d’accord avec toi, mais je laisserais une petite place pour quelques artistes comme :
    1 – un ovni français : « Au-delà du délire » (1974) Ange
    2 – Denez Prigent
    3 – Daniel Waro
    4 – Mama Béa et pourquoi pas Anna Prucnal
    et pour l’internationnal
    1 – Bob Marley (a peu près tout mais surtout « Babylon bu Bus »)
    2 – Carlos Santana
    3 – Le Buena Vista Social Club et le pianiste Roberto Fonseca
    4 – Les grands classiques de la Bossa Nova et du Cool Jazz 60-70 sans oublier l’extraordinaire Gal Costa
    5 – Suzanna Rinaldi (« Paris-Buenos Aires »*****)
    6 – Juan-Carlos Caceres (« Sudacas »)
    7 – Rabih Abou-Khalil (ses premiers Albums dont  » Al-Jadida » et tout ceux où il y a Sonny Fortune)
    8 – Trio Joubran
    9 – This Mortal coil (pour la prestation

    Au début je voulais me limiter à 3 artiste !

    1. Dans ta liste, j’en connais au moins trois : Ange, même si je préfère leur premier album. Pour l’international, Bob Marley et le super-groupe « This Mortal Coil » dont j’ai les trois albums, même si j’ai un énorme coup de coeur pour le premier avec des titres comme « Dreams Made Flesh » ou encore la reprise de « Song to the Siren ».

  5. Je suis de ton avis, bien que mes goûts musicaux soient radicalement différents des tiens.

    Cela fait maintenant des années que j’écoute et achète du rap indépendant dont la qualité est à des années lumières en avance de ce dont nous inonde les médias mainstream. Nous oublions trop souvent que RAP est l’acronyme de Rythm And Poetry ;).

    Les tarifs sont beaucoup plus accessibles, que ce soit les CD ou les concerts mais surtout, je sais à qui profite mon argent.

    1. Dans tous les genres musicaux, il faut savoir s’éloigner des plus connus commercialement pour tomber sur des pépites. Il y a encore trois ou quatre ans, je regardais le metal avec désintérêt, et encore plus les tendances les plus dures (death et black essentiellmement). Mais j’ai été initié au metal progressif, et il y a de bonnes surprises.

      Quant à la signification de l’acronyme, merci pour l’information. J’avoue que le seul rappeur francophone que j’ai écouté, c’est un certain MC Solaar dans les années 1990. Le reste ? Comment dire ? Où est la chasse d’eau ? 😀

        1. Pas que je n’aime pas le rap, mais c’est un style musical qui ne m’a jamais vraiment attiré. La gangrène commercial qui le ronge jusqu’à l’os n’a pas aidé. Merci pour la référence, néanmoins.

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