Vieux geek, épisode 37 : IBM OS/2 Warp 3, le premier OS grand public réellement 32 bits.

Faisons un retour en arrière d’une vingtaine d’années. Nous sommes en 1994. Depuis deux ans, Microsoft se fait des testicules en or massif avec la version 3.1 de son OS 16 bits, MS-Windows. En parallèle, Microsoft propose une version complètement 32 bits de son MS-Windows, NT 3.1 (1993) puis 3.5 (1994), dont les lointains descendants sont MS-Windows 7, 8.x et 10.

MS-Windows NT est basé partiellement – du moins à son origine – sur du code développé pour un projet commun avec IBM, OS/2. Après le départ de Microsoft (lors de la sortie d’OS/2 1.3), IBM continue de développer son OS maison.

Quand Microsoft annonce Chicago (le futur MS-Windows 95), IBM réagit et sort fin 1994 la nouvelle version d’OS/2, OS/2 3.0 alias OS/2 Warp.

Contrairement à toutes les versions de Microsoft Windows grand public (95, 98 et 98Se, Millenium) sorties entre 1995 et 2001 qui sont un mélange de code 16 et 32 bits, IBM OS/2 Warp 3 est complètement 32 bits, comme son prédécesseur, OS/2 2.0 et 2.1. Il propose aussi son système de fichiers, le HPFS, en complément à la FAT16 de Microsoft.

Quand OS/2 Warp 3.0 sort en octobre 1994, il y a deux versions : la « bleue » et la « rouge ». La rouge rajoutait le support de MS-Windows 3.1 dans l’OS d’IBM.

Après avoir fait quelque recherches, je n’ai pu trouvé que la version « bleue » avec son CD Bonus Pack. J’ai aussi récupéré le fixpak 38 (dernier paquet de correctif pour OS/2 Warp 3.0) et les pilotes vidéo gradd97 pour avoir un affichage qui dépasse les 16 couleurs 😉

J’ai donc fait chauffer VirtualBox (le seul qui permette d’installer OS/2 Warp), et j’ai installé l’ensemble. Il fallait deux disquettes et un CD pour le mettre sur le disque dur de l’ordinateur. Parmi les bons points, une pile TCP/IP pour se connecter au tout jeune internet (du moins pour le grand public) était disponible.

Côté prérequis ? Un peu lourd pour 1994. Il fallait au minimum un 486SX, 4 Mo de mémoire vive et 100 Mo de disque. Quand j’ai acheté mon premier PC en 1995, c’était un Cyrix 486DX2 66mhz, 4 Mo de mémoire vive et 400 Mo de disque. Autant dire qu’OS/2 Warp 3.0 était un peu trop haut de gamme par rapport aux machines de l’époque !

J’ai créé une machine virtuelle avec 64 Mo de mémoire vive et 2 Go de disque, histoire que l’ensemble soit à l’aise 😀

Voici donc quelques captures d’écran de l’installation. Je suis passé par le mode avancé, et j’ai formaté le disque en HPFS.

Une fois la base installée, on passait à l’installation proprement dite. Il fallait penser à rajouter le support du son (une Creative Sound Blaster 16 par exemple) et des lecteurs de CD. On n’était loin du « plug’n’play » des Macs de l’époque.

Quant à l’ajout des imprimantes, on n’avait que l’embarras du choix à l’époque…

Sans oublier la relative gourmandise des options d’OS/2. 16 Mo ce n’est rien de nos jours, mais en 1994…

Un nouveau démarrage plus tard, j’ai installé la plupart des bonus, sauf certains pilotes multimédia et le support du fax.

IBM Works était un petit ensemble bien pratique pour l’époque.

Nouvelle étape ? L’installation du Fixpak 38. Une galère, surtout qu’IBM ne proposait que l’installation par disquette successive. Même si des méthodes plus simples sont apparues par la suite, c’était une galère sans nom… Surtout si une disquette faisait des siennes 🙁

Ultime étape ? L’installation des pilotes vidéos pour avoir un affichage plus potable. C’était un des points faibles d’OS/2 : une maintenance assez laxative à mettre en place. Cependant, si l’on avait du matériel compatible et sans l’indispensable connexion internet de nos jours, on pouvait faire pas mal d’opérations basiques.

J’ai capturé en vidéo OS/2 Warp 3.0 et son interface qui est assez déroutante, car elle est orientée objet. Il faut tout réapprendre ou presque ! C’est pour cela qu’en début de vidéo, j’ai lancé le tutoriel d’OS/2.

Malgré des qualités indéniables, IBM a commis l’erreur de se concentrer sur le moteur et d’oublier la carosserie. En 1996, Warp 4.0 sort et propose une interface plus simple d’accès. Mais c’est trop tard, MS-Windows 95 est en place pour un bon bout de temps.

Finalement, IBM débranchera la prise d’OS/2 en 2006 après une ultime génération, OS/2 Warp 4.5 (2001-2004). Le projet sera repris sous le nom d’eComStation, dont la dernière version stable en date est la 2.1 assez onéreuse. La version 2.2 serait en cours de développement, du moins au moment où je rédige cet article, le 21 août 2015.

Que de choses ont évoluées en l’espace d’une vingtaine d’années !

20 pensées sur “Vieux geek, épisode 37 : IBM OS/2 Warp 3, le premier OS grand public réellement 32 bits.”

  1. Tu vas rire mais question disquette, j’avais un Win95 fourni sur ce format, car rupture de stock à l’époque…..Evidemment, une disquette a merdé et microsoft n’a jamais voulu la remplacer.

    Sinon le plug and play sur apple c’est évidemment plus facile car le hardware est sur un périmètre très défini. La marque n’a jamais hésité à couper les ponts avec une ancienne génération de hardware sur un nouvel OS.

  2. Bonjour Frederic,

    Cela fait plusieurs années que je viens te lire sur ton blog avec toujours autant de plaisir.
    Je me devais pour une fois de réagir car sache que j’utilise toujours OS/2 warp 4 à mon travail ! En effet j’ai toujours besoin de logiciels qui ne fonctionnent que sous cet OS: PL7-2 et PL7-3 qui sont des logiciels de programmation d’automate industriel de chez Schneider Electric (anciennement Telemecanique) pour les connaisseurs. J’ai donc au boulot un vieux PC avec OS/2 installé en dur et une machine virtuelle en cas de crash du pc.
    Bref, je m’arrache toujours les cheveux et je fais une prière lorsque je dois dépanner un client ! Je te rejoins sur ta conclusion que les choses ont effectivement évoluées en l’espace d’une vingtaine d’années.

    1. Bonjour.

      Merci pour la lecture sur la durée, ça fait plaisir.

      Cela doit faire étrange d’utiliser encore OS/2 après tant d’années. Quant aux cheveux, il faut savoir les arracher à différents endroits : cela cache la calvatie précoce 🙂

      Quand j’ai retrouvé ma première distribution GNU/Linux (1997), je vois les bonds de géants effectués entre temps. Il suffit de voire la première Ubuntu et la dernière stable… C’est le jour et la nuit… 10 ans et demi seulement… 😀

  3. J’avais à l’époque acheté mon 1er Pentium 1, 60 Mhz et OS2 Warp était fourni avec, mais je n’y a jamais croché.

    Coté serveur, OS2 a eu ses belles années. Il a été assez longtemps utilisé comme serveur d’impression dans les divers centres informatiques de l’époque, et ne s’est fait détrôner que par l’arrivée de Windows 2000 serveur.

    1. C’est vrai que l’ergonomie orienté objet est déroutante. Je dois dire que je me suis arraché les cheveux pour l’installation de certains logiciels… Encore heureux, le tutoriel était présent.

      Quant à Windows 2000, c’est un des meilleurs que j’ai eu sous la souris.

  4. Bonjour,
    J’ai utilisé durant queques années OS2/warp, moi aussi pour des raisons professionnelles (pour les automates Télémécanique sous X-Tel, avec une valise de gris-gris, pattes de lapin, gousses d’ail, fers à cheval, et des incantations qui ne se communiquaient qu’entre initiés).
    J’aimais beaucoup passer du temps à le configurer, à le « découvrir ».
    J’aimais aussi le fait qu’il intègre Windows. A cette époque, il fallait bien une journée pour installer et configurer ce petit monde, en priant les dieux qu’il n’y ait pas une disquette HS (ça m’est arrivé une fois).
    Les choses ont bien changé, en bien ou en monis bien, et c’est tant mieux. S’il fallait autant de sueur, de larmes et de découragements qu’à l’époque, on autait une floppée de burn-out dans les métiers liés à l »informatique. Comme vous le dites, que de changements en 20 ans ! Et Internet est apparu, qui a tout chamboulé. .J’ai ensuite découvert Linux (qui me faisait un peu peur au début), d’abord avec Ubuntu, et j’utilise maintenant Arch. A ce sujet, Fred, vos tutotiels d’installation d’ArchLinux sont vraiment bien faits, bon boulot, bravo ! Je l’utilise actuellement en dual-boot avec Mint, mais ausoi en machine virtuel dans VirtualBox. J’ai essayé aussi une fois Linux From Scratch, mais ça a foiré quelque part, ou j’ai fait une fausse manip, ou une mauvaise version d’un paquet, et j’ai laissé tombé.
    J’aimerais bien que sorte un nouvel OS2/Warp, por le tester.
    Cordialement

    1. Qu’une seule valise d’outils contre la poisse ? C’est étonnant 😀

      OS/2 partait d’un bon sentiment et s’est révelé trop complexe aussi bien à l’utilisation qu’à la configuration.

      Pour les tutoriels, c’est la moindre des choses. C’est ma manière d’apporter ma pierre à l’édifice du libre. Pour les personnes qui se plaignent de la difficulté d’installer une Archlinux, je leur conseille de tester une LFS… Ça les fait taire, car il faut savoir faire très attention 😉

      Un nouvel OS/2 Warp ? J’avoue que je serais curieux 🙂

  5. Je me souviens d’un vieux numéro de SVM (novembre 1991, et je l’ai toujours quelque part chez moi) qui présentait à la fois le futur (à l’époque) Windows 3.1, en concluant sur l’annonce du projet Windows NT et d’une prochaine version de Windows « incluant les routines 32 bits de Windows NT » (oui, je connais la fin de l’article par cœur) ; suivi d’un autre article sur le tout aussi futur OS/2 2.0, « la risposte d’IBM » et présenté, déjà, comme le premier OS 32 bits tout public. On y voyait déjà une sorte de « Windows 95 avant l’heure », puisqu’il faisait un usage massif du clic droit pour activer un menu contextuel, les onglets dans les fenêtres de paramétrages, le Bureau qui devient un centre de stockage de raccourcis et cette orientation objet dont MS n’a fait qu’une reprise partielle dans ses Windows sortis à partir de 1995. Du coup, OS/2 Warp 3 serait le deuxième (WinNT étant resté destiné au monde professionnel jusqu’à XP).

    Merci pour cette présentation vidéo : je connais très, très mal le monde OS/2 et ses dérivés (ceux d’IBM) et j’ignorais donc qu’il y avait ces sons pour chaque action. Pas sûr que beaucoup de monde les ait entendus, à une époque où les cartes sons n’étaient pas encore intégrées dans tous les PC (et ceux qui en avaient une ont dû rapidement réduire tout ça au silence, parce qu’à la longue, ça doit gonfler).

    Anecdote : sous OS/2, déplacer la cible d’un raccourci d’un répertoire à un autre ne cassait pas le lien entre les deux. Alors que Windows NT, pourtant héritier direct d’OS/2, se comporte comme ses cousins Windows 9x/ME et ne conserve pas le lien cible-raccourci quand le cible est déplacée… Problème de système breveté par IBM que MS n’avait pas le droit de reprendre ?

  6. Salut,
    je suis un gros lecteur de ton site mais je n’ai pas encore écris de commentaires.
    Donc je voulait te demander où as-tu trouvé (téléchargé) OS/2 et les logiciels que tu présente pour que j’essaye !
    Merci et bonne continuation sur ton super-blog !
    @+

  7. Salut,
    Merci pour cet article il fait remonter pleins de souvenirs.
    Os2 est mon premier système alternatif. Mon père l’avait reçu a son travail gratuitement (la version rouge) et c’était la version disquette.
    Je me souviens que c’était a l’époque mon premier formatage de disque. 🙂
    L’installation était vraiment aisée après installation de plus de 20 disquettes (dans mes souvenirs en tout cas) bleues et l’insertion au préalable de la disquette de boot rouge.

    Des disquettes avec un système de fichier compressé spécial illisible sous sous dos/windows et qui permettait de faire tenir 2Mo sur des disques de 1.44Mo.

    Je me souviens d’un système stable, assez intuitif et ergonomique par rapport a windows 3.1sur mon dx66 avec 12Mo de RAM.
    Des paramètres de personalisation avancés, la gestion des trois boutons de la souris, etc
    Bon Microsoft a su mieux distribuer son windows 95 même si os2 a su percer en entreprise.

    @+ gempaouindo

  8. J’ai été à l’époque expert OS/2 (je bossais chez IBM) et je me souvient que le système était très stable (et comparé à Windows je n’en parle même pas) on avait des serveurs qui avait 32 Mo de RAM et 128 Mo de swap et le système ne plantais pas et restait assez réactif pour être utilisé en plus comme poste de travail dans certaine agence bancaire (on appelait ça les serveurs non dédiés).
    Le bureau orienté objet s’appuyait sur CORBA et permettait de faire assez facilement des applications complètement intégrées au desktop.
    C’était à l’époque un des meilleurs OS

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